À investissement exceptionnel, cadre exceptionnel. Sous les dorures du château de Versailles, Masayoshi Son, directeur général du géant des télécommunications japonais SoftBank, visage solennel, a officialisé le 1er juin un plan d’investissement majeur pour des centres de données en France. Annoncé à la veille du neuvième sommet Choose France, voulu par le président Macron pour attirer la tech en France, ce projet prévoit de financer à hauteur de 75 milliards d’euros la construction dans l’Hexagone d’infrastructures destinées à l’intelligence artificielle (IA), rapporte le quotidien japonais Asahi Shimbun.

Ce sera “le plus grand projet de centres de données du Vieux Continent”, précise de son côté le Nihon Keizai Shimbun.

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Dans un premier temps, le conglomérat japonais prévoit d’injecter 45 milliards d’euros d’ici à 2031 dans un data center d’une capacité de 3,1 gigawatts (GW) dans les Hauts-de-France. Un deuxième volet d’une capacité de 2 GW comprendra la création d’un pôle réservé aux infrastructures de l’IA et à la robotique avec l’équipementier français Schneider Electric.

Nous entrons dans une nouvelle ère de l’IA. Des pays abritant les infrastructures nécessaires à cette innovation auront un rôle fondamental dans l’avenir de l’industrie, de la technologie et de la société”, prophétise Masayoshi Son sur la chaîne publique NHK.

Profiter de l’électricité bas carbone made in France

Pour l’heure, la majorité des infrastructures liées à l’IA sont situées aux États-Unis, qui comptent à eux seuls plus de 4 000 centres de données sur leur sol, contre 350 en France. D’où la volonté de Softbank d’investir en Europe. “Cela permet à la firme de réduire le risque de surconcentration de ses activités aux États-Unis”, note Nihon Keizai Shimbun.

Fait qui a son importance, le projet n’aurait pas vu le jour sans le président français. Emmanuel Macron, qui a pris la parole aux côtés de Masayoshi Son à Versailles, aurait poussé celui-ci, lors de son séjour au Japon en mars, à réaliser des investissements dans l’Hexagone, raconte le journal.

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La France a réussi à convaincre le géant japonais grâce à son électricité bas carbone et à l’approvisionnement stable, souligne le site spécialisé dans la tech Xenospectrum.com. Afin d’attirer les investisseurs étrangers, Paris table également sur ses “réseaux à haute tension […], ses terrains industriels et la simplification des démarches administratives”.

Jour historique pour Softbank

Le fondateur de l’empire SoftBank, Masayoshi Son, est connu dans l’archipel pour son profil atypique. Cet homme d’affaires de 68 ans est un Zainichi (Coréen du Japon) de troisième génération, ses grands-parents s’étant installés dans l’archipel nippon avant 1945. Malgré la pression de ses proches, il a tenu à garder le nom “Son”, à consonance coréenne. “Je tenais à montrer aux enfants de Zainichi qu’en dépit de mes origines et des discriminations que j’avais subies, on pouvait toujours se débrouiller”, racontait-il en 2019 dans une interview publiée par Nikkei Business.

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Le 1er juin restera pour son groupe un jour mémorable. Ce lundi, en effet, la valorisation de Softbank a détrôné celle de Toyota, en tête des entreprises japonaises depuis vingt-deux ans. Cet événement symbolique montre l’évolution de l’économie de l’archipel. “Pour le marché, l’industrie la plus prometteuse n’est plus celle de l’automobile, mais celle de l’IA et des puces électroniques”, commente dans l’Asahi Shimbun l’analyste boursier Masahiro Ichikawa.