Au mois de janvier de cette année, le secteur privé haïtien à travers l’ADIH, Haïti AmCham, la CCI, la CCIHC et l’Institut Macaya avait apporté un soutien sans équivoque au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, menacé de révocation par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Ce secteur insistait sur la nécessité de préserver la stabilité et la continuité de l’État haïtien. Cette classe avait même souligné que des progrès significatifs ont été enregistrés dans la lutte contre l’insécurité sous le leadership du Premier ministre, grâce à l’action de la Police Nationale d’Haïti et des Forces Armées, avec le soutien international.
Or, la raison pour laquelle le CPT voulait le limoger était du fait qu’il avait été jugé d’une nullité absolue. Lors, malgré la flambée de violence qui se propageait dans le pays, ce secteur gardait un silence de plomb. Ce d’autant plus que, ça faisait longtemps déjà que le pays est au bord du gouffre.
Quelle a été la position du secteur privé contre la vague d’enlèvements frappant la population ? Ce n’est que maintenant qu’il décide enfin de réagir. Cela signifie-t-il que ces privilégiés perçoivent une certaine menace à l’horizon ou bien pressentent-ils qu’une force serait en gestation dans le camp populaire ? En effet, dans une correspondance ouverte adressée au Premier ministre, cette classe sociale a manifesté une certaine inquiétude et de lassitude par rapport à une situation qui perdure. Elle alerte sur l’inaction de l’État face à l’insécurité et exige la mise en œuvre urgente d’un plan de sécurité crédible et concret.
La question qu’un citoyen averti pourrait se poser est la suivante : pourquoi soulève-t-elle cette question à ce moment précis ? Alors que, depuis un certain temps, on n’entendait pas le moindre bruit de sa part ce qui laissait comprendre que les choses tournaient comme sur des roulettes et qu’elle n’avait rien à craindre.
tout indique que le peuple commence à s’agiter quelque peu contre le pouvoir bourgeois. Ce secteur privé se met soudainement à réagir pour prétendre être en désaccord avec l’État.
Aujourd’hui, ce cri dans le désert n’a rien de surprenant. En réalité, tout indique que le peuple commence à s’agiter quelque peu contre le pouvoir bourgeois. Et de fait, ce secteur privé se met soudainement à réagir pour prétendre être en désaccord avec l’État. Y a-t-il vraiment de la sincérité dans cette prise de position ou juste une forme de connivence avec le gouvernement corrompu ?
Nous savons bien jusqu’à quel point les différents courants de cette bourgeoisie parasite sont de mèche avec le pouvoir pour acculer et liquider les initiatives populaires. D’ailleurs, la gouvernance de l’État est complètement entre les mains de cette classe dominante ; les dirigeants sont, en fait, ses instruments qui manœuvrent dans le sens de ses propres intérêts.
C’est la raison pour laquelle, rien de ce que fait ce système n’a jamais servi les intérêts des masses défavorisées, et ne saurait apporter la moindre amélioration pour les travailleurs qui vivent dans une situation se dégradant de jour en jour. Tout est donc planifié. Depuis que certaines routes ont été bloquées sous le prétexte de « zones de non-droit » ou de « Territoires perdus », l’État ne s’en est nullement soucié en fermant les yeux sur la situation, car s’agissant de territoires où vit la majorité de la population pauvre. Le secteur privé ne s’en plaint jamais de cette aberration. L’éventualité d’un changement politique en Haïti ne semble pas pour demain. Il est clair que c’est la mobilisation sur les réseaux sociaux par le mouvement populaire pour exiger la réouverture de l’aéroport de Port-au-Prince et les routes qui paraissent inquiéter le secteur des affaires.
Ces oligarques ont fini par « découvrir » que les voies d’accès à l’aéroport sont désormais impraticables à cause de l’insécurité. Pourquoi ce secteur n’avait-il rien vu auparavant, compte tenu de l’état de chaos dans lequel le pays a sombré depuis l’assassinat du Président Jovenel Moïse ? Étaient-ils aveugles ou sourds ? Peut-être n’ont-ils jamais entendu les revendications des masses populaires. Quelle découverte stupéfiante viennent-ils faire ? Selon eux, « le pays est vulnérable à l’insécurité. Ce phénomène d’insécurité persistante paralyse leurs activités, expose leurs employés à des risques constants et perturbe gravement leurs services sociaux. » Mais depuis quand ces individus manifestent-ils une telle préoccupation pour la population ? On peut comprendre qu’ils se soucient de leurs propres intérêts, mais lorsqu’ils évoquent leurs employés et la perturbation des services sociaux… cela nous laisse perplexe et même nous inquiète.
Cela fait déjà des années que les ordures ménagères, la boue et la poussière ont envahi toute la ville de Port-au-Prince et ses banlieues mêmes les plus huppées, voilà que c’est aujourd’hui seulement que nous entendons le secteur privé des affaires déclarer : « Il est désormais impossible de circuler normalement sur les axes de Drouillard, Cazeau, BIM et Carrefour Rita. » Ne devrait-il pas dire plutôt : Il est désormais impossible de circuler normalement dans tout le pays. Une simple averse suffit à inonder une ville entière et c’est cela qui a mis en ébullition les populations de certaines villes du pays contre le gouvernement en place. Cette gymnastique médiatique de la bourgeoisie, est-ce pour brouiller les cartes en vue de la réouverture de l’aéroport international Toussaint Louverture exigé par le peuple ou seulement pour apporter un soutien critique au gouvernement ? Ne fait-elle pas, en fin de compte le jeu cynique du pouvoir dont l’objectif fondamental demeure la manipulation pour se maintenir et la liquidation du pays, quand elle a déclaré : « On ne sécurise pas un aéroport en abandonnant les routes qui le desservent. » Et de surcroit « que toute stratégie visant à sécuriser l’aéroport sans garantir l’accès aux routes qui y mènent est incohérente ». En un sens, le secteur privé dit : Non à la réouverture de l’aéroport !
La sortie de cette lumpen-bourgeoisie qui veut se faire passer pour le pilier essentiel de l’économie nationale, et attend désormais des mesures immédiates, visibles et coordonnées, à la hauteur de la gravité de la situation contre l’insécurité est démagogique. Cette grande conspiration du secteur privé réclamant notamment, un niveau minimal de sécurité, la libre circulation sur ces axes stratégiques et une présence effective des forces de l’ordre n’a qu’un objectif : faire diversion aux revendications populaires en cours. Il ne faut pas avoir peur de le dire, c’est une illustration maquillée de leur soutien crucial au pouvoir de transition imposé par l’impérialisme américain. S’il est un secteur qui a tiré profit de cette insécurité planifiée, c’est bien cette classe des affaires !
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