Les termes utilisés par le parquet de Milan sont durs et témoignent du sérieux d’une affaire qui pourrait avoir de lourdes conséquences. “Une situation de quasi-esclavage”, constitutive des crimes de “prêt illicite de main-d’œuvre et d’exploitation des travailleurs”. Ce sont les accusations formulées par la justice italienne contre la filiale transalpine de Caddell Construction, société américaine qui construit le futur consulat des États-Unis à Milan. Un projet pharaonique à 200 millions de dollars (environ 170 millions d’euros), lancé en 2022 et qui devrait s’achever en 2028, sur lequel plane désormais l’ombre de graves irrégularités, raconte le Corriere della Sera.

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Le chantier emploie de 300 à 400 ouvriers indiens, et certains d’entre eux “ont signalé avoir payé entre 5 000 et 6 000 euros à une agence intermédiaire afin d’obtenir le visa nécessaire pour ce travail”. Une fois arrivés en Italie, ils ont été confrontés à une mauvaise surprise : “Tandis que le contrat officiel prévoyait 1 400 à 1 500 euros de salaire, dans la réalité, 500 euros étaient ‘retenus’ pour financer le logement et 350 euros pour la nourriture. Cela alors que contractuellement, le logement et la nourriture devaient être gratuits pour les travailleurs et à la charge de l’employeur.”

La filiale de Caddell sous contrôle judiciaire

Selon les calculs effectués par le parquet milanais, “les heures vraiment travaillés par mois seraient au nombre de 245 au lieu des 158 prévues, et, après les retenues sur salaire, le paiement réel serait de 2,17 euros par heure, soit inférieur de 51 % au seuil de pauvreté établi par l’Institut italien de statistique”, rapporte le média centriste.

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L’affaire a créé une vague d’indignation dans la presse du pays, où l’exploitation de travailleurs étrangers dans le secteur du bâtiment est répandue. Le fait qu’une société étrangère, qui plus est américaine, soit indirectement impliquée paraît surprenant, et l’enquête semble s’appuyer sur des éléments très concrets. Preuve en est, la filiale italienne de Caddell Construction a été placée sous contrôle judiciaire. Pis, l’un des dirigeants de cette dernière, un Turc nommé Ulas Demir, a été arrêté dimanche 31 mai à l’aéroport de Bergame, dans le nord de l’Italie.

Selon le parquet de Milan, note Il Post, “il avait acheté un billet d’avion pour Istanbul le 30 mai, soit le jour suivant le placement sous contrôle judiciaire de la filiale de Caddell”. Une tentative de fuite apparente qui, d’après les enquêteurs, “aurait été conseillée à Demir par un supérieur hiérarchique à l’intérieur de Caddell, comme le dévoile une conversation téléphonique interceptée”, conclut le site d’information transalpin.