Taïwan au cœur du jeu américano-chinois… La une du quotidien Chungkuo Shihpao daté du lundi 18 mai condense en trois articles le contrecoup, dans l’île, du sommet entre Donald Trump et Xi Jinping qui s’est clos le 15 mai à Pékin.

Plutôt critique du président taïwanais Lai Ching-te, le journal souligne en surtitre ce qu’il perçoit comme une incohérence : “Il prône l’indépendance de Taïwan le jour, mais adopte un ton plus modéré le soir”. Photo à l’appui, l’article développe la position du dirigeant taïwanais :

“Lai Ching-te : il faut défendre le statu quo de la République de Chine – la question de l’indépendance de Taïwan ne se pose pas.”
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La République de Chine est le nom officiel du régime taïwanais. Un statut qui maintient l’île dans une zone grise, ni chinoise ni indépendante – c’est tout l’enjeu du maintien de ce “statu quo” auquel s’est rattaché le président Lai –, après avoir voulu expliciter sa vision de l’indépendance de Taïwan dans une réunion de son parti, le PDP, de centre gauche.

Or, comme le souligne l’article en bas de page dans le Chungkuo Shihpao, “Pékin a fait savoir aux États-Unis : ‘Nous sommes vos égaux, mais Taïwan nous appartient’. Avec ce titre : “Un proche de Trump s’inquiète d’une possible attaque de la Chine contre Taïwan d’ici cinq ans.”

Brouillage de pistes

Au moment de s’envoler de Pékin, le président américain a en effet brouillé les pistes en affirmant, à propos de Taïwan, qu’il s’oppose à ce que “quiconque aille vers l’indépendance”, que les Américains “[ne parcourront pas] 15 300 kilomètres pour faire la guerre” et que “les ventes d’armes [promises par Washington à Taipei en décembre] sont toujours en suspens”. Les États-Unis, qui sont légalement tenus d’assister militairement Taïwan en cas d’attaque chinoise, laisseraient-ils tomber l’île ?

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Un vaste débat est relancé à Taipei, notamment par le maire de Taipei, cité dans l’article de droite sur la couverture du Chungkuo Shihpao.

“Tchang Wan-an pose la question : n’est-il pas temps de supprimer le programme indépendantiste [du parti au pouvoir] ?”

Membre de l’opposition du Kuomintang, favorable à un rapprochement avec Pékin, et accessoirement petit-fils de l’ancien président-dictateur Tchang Kaï-chek, Tchang Wan-an ajoute une couche de complication à ce dossier, en défendant en substance l’idée qu’il préfère être “chinois dans la paix” qu’“indépendant dans la guerre”. Le choix est certes cornélien.