Roj Girasun est directeur de Rawest, un centre d’études politiques et institut de sondages, basé à Diyarbakir. Spécialiste de la question kurde et des dynamiques sociales dans le Sud-Est turc, il suit de près le processus en cours sur le désarmement du Parti des travailleurs du Kurdistan et ses retombées sur le terrain.
Deux ans de négociations quasi à huis clos entre Ankara et le PKK, une loi-cadre adoptée en août mais qui reste floue sur les étapes à venir : dans quel état d’esprit est l’électorat kurde ?
La perception de ce processus et l’adoption de la loi n’ont jamais suscité d’enthousiasme ni d’espoirs particuliers. Toutefois, il faut noter que le vote de la loi-cadre à une très large majorité au Parlement d’Ankara le 10 août a fait baisser dans une certaine mesure le sentiment d’inquiétude largement partagé par la population locale.
A regarder de près, le groupe le plus directement concerné par la loi, c’est-à-dire les familles de personnes emprisonnées, parties à la montagne [combattre dans les rangs du PKK] ou en exil à l’étranger sont celles chez qui cette baisse du sentiment d’inquiétude est la plus forte. Cela représente entre 500 000 à 700 000 personnes. En revanche, si l’on prend l’ensemble de la population kurde en Turquie, soit 16 à 18 millions de personnes, cette loi et le processus en cours n’ont rien changé sur le fond. Il y a certes un sentiment diffus de satisfaction, mais l’impression qui domine est que les gens sont fatigués. Ils sont éprouvés par toutes ces dernières années qui ont placé la résolution de la question kurde sur le terrain de la guerre et du terrorisme. Aujourd’hui, ils espèrent que le processus en cours adopte un autre chemin.
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