C’était un résultat très attendu en cancérologie, qui devait être annoncé samedi 24 octobre lors du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), à Madrid - une grand-messe à laquelle assistent, jusqu’à mardi, 32 000 médecins et chercheurs, venus du monde entier. Mais par suite d’une violation d’embargo, il a été rendu public dès jeudi dans la soirée.
Ces résultats sont ceux de l’essai clinique qui évaluait l’intérêt d’une approche thérapeutique extrêmement novatrice : le vaccin anticancer de la société américaine Moderna à base d’ARN messager. Ce vaccin personnalisé – une prouesse – est conçu sur mesure pour renforcer les défenses immunitaires contre les mutations spécifiques de la tumeur de chaque patient, et pour prévenir ainsi les récidives de mélanomes avancés. Il apprend aux lymphocytes à traquer et éliminer la moindre micro-tumeur.
Résultat, après un suivi de deux ans, le taux moyen de survie sans récidive a été de 70 % chez les personnes qui ont reçu le traitement standard, et de 82 % chez celles qui ont reçu en sus ce vaccin personnalisé. Soit une diminution de 42 % du risque de récidive ou de décès.
Moderna, en annonçant le 19 août avec son partenaire Merck, que son vaccin expérimental diminuait le risque de rechute en cas de mélanome à haut risque, n’avait livré aucun chiffre. Mais cela avait suffi à faire quasiment tripler le cours de son action.
Que signifient, pour les patients, de tels résultats ? « C’est mieux que ce que les oncologues considèrent comme un “impact cliniquement pertinent”, avec un réel bénéfice », souligne Fabrice André, directeur de la recherche à l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne). C’est la première fois, ajoute-t-il, que le bénéfice d’un vaccin personnalisé contre le cancer est démontré. « Ce n’est pas tous les jours que de nouvelles modalités thérapeutiques apparaissent », insiste-t-il.
Cet essai international de phase 3, nommé Interpath-001, a inclus 1 137 patients atteints de mélanomes avancés, tous à haut risque de récidive ou de métastases (stade 2b, 2c ou 3) ou déjà métastasés (stade 4), mais encore opérables. En France, ce type de mélanomes concerne « environ 3 000 à 3 500 nouveaux patients par an », estime Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie à Gustave-Roussy, qui a inclus une quinzaine de patients dans cet essai.
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