Ici, certains accordent encore peu d’importance au PIB, et ne jurent que par le “PIM”. C’est-à-dire le produit intérieur mouton, une mesure de richesse calculée en fonction du nombre d’ovins possédés. C’est le cas de Tonino, 65 ans, le regard curieux et inquisiteur derrière ses épaisses lunettes. La nuit, ses chèvres se reposent dans la fraîcheur d’une grotte, et la journée, il les laisse libres de paître dans les collines avoisinantes car, quoi qu’il arrive, elles reviennent immanquablement dès la tombée de la nuit.

“Le bétail revient. Tant d’amis, en revanche, sont partis pour le continent sans qu’on ne les revoie jamais”, soupire-t-il tout en faisant fondre un morceau de pecorino sur une flamme, avant de l’étaler sur du carasau [pain sarde fin et croquant] ramolli dans l’eau et recouvert d’un généreux filet de miel.

Voilà le dessert du déjeuner qu’il concocte aux touristes, après le porceddu [cochon de lait à la broche] cuit sans épices, la ricotta fabriquée maison (ou plutôt, dans la grotte) et le vin de cannonau [un cépage noir typique de la Sardaigne] servi dans des tasses en terre cuite. Tous les moyens sont bons pour arrondir le “PIM”, avant un repos bien mérité dans une vieille cabane bâtie à flanc de roche. Là où la montagne est à portée d’étreinte.

“Nature, espace et