L’expatriation est un choix, contrairement à l’exil, et s’accompagne généralement de discours sur l’ouverture au monde et sur les opportunités de carrière. Même si leurs profils varient beaucoup et que le mode de vie de retraités au Portugal et de nomades numériques en Asie du Sud-Est a peu de choses en commun, les expatriés sont généralement perçus, à tort ou à raison, comme des privilégiés. Pourtant, ils sont souvent confrontés à des défis d’ordre psychologique.
Qu’est-ce que le “blues de l’expat” ?
L’éloignement est, sans surprise, la chose la plus prévisible et en même temps la plus difficile à vivre. Mais au-delà du manque de sa famille, surtout au moment des fêtes ou en cas de problème de santé, et au-delà de la perte des amis, l’expatriation provoque souvent une véritable crise identitaire.
Dans The Copenhagen Post, le journaliste américain James Niiler, qui habite lui-même au Danemark, montre comment les expatriés naviguent entre cultures et identités multiples. Il décrit une expérience fragmentée :
“Cela peut donner l’impression de vivre dans deux univers parallèles (ou plus), dans lesquels l’expatrié ou l’immigrant doit adopter une identité multifacette comme stratégie de survie.”
“Vous comprenez que la migration n’est pas seulement une affaire de mouvement, mais le fait de vivre deux vies : la moitié de vous reste là d’où vous venez, et l’autre moitié s’installe dans le pays d’accueil”, renchérit dans The Conversation la chercheuse nigériane Abisola Olawale, qui étudie l’intégration et le vécu des migrants nigérians en Écosse dans le cadre de son doctorat à l’université de l’Écosse de l’Ouest.
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Est-ce une question d’âge ?
Ce déchirement est bien connu des “enfants de la troisième culture”, qui oscillent entre adaptation et déracinement, observe le Khaleej Times depuis Charjah. “Quand les gens me demandent d’où je viens, je m’arrête un instant, parce que je ne sais pas ce qu’ils veulent [connaître] : le pays sur mon passeport ou les endroits où j’ai grandi”, explique l’un d’eux.
Si les parents sont souvent particulièrement attentifs à l’intégration de leurs enfants dans le nouveau pays, via l’école et les cours de langue, ils ne le sont pas moins au maintien d’un lien avec leur pays d’origine, grâce à la langue maternelle mais aussi à la technologie.
Mais le “blues” de l’expat frappe aussi les plus âgés. Le quotidien britannique The Telegraph a interrogé des lecteurs retraités qui ont souffert du mal du pays quand ils étaient expatriés et qui ont rencontré des difficultés d’adaptation. Il s’agit de la face (souvent) cachée de l’expatriation.
Le retour peut-il poser problème ?
C’est là un autre angle mort de la santé mentale dans les cas d’expatriation. Si le départ est généralement préparé, le retour l’est moins, car on suppose souvent hâtivement que revenir dans son propre pays ne devrait pas être compliqué. Or, le retour est souvent l’occasion de profondes remises en question.
“Je n’avais jamais entendu personne parler de la difficulté de rentrer chez soi après une expatriation”, raconte Hannah Ho, de retour au Royaume-Uni en 2023 après sept années passées à Hong Kong. Sur le site d’information Business Insider, elle se souvient que tout avait changé : ses parents avaient vieilli, ses amis s’étaient installés, et elle-même n’était plus la même. Un des plus grands obstacles pour elle ? L’absence de réseau professionnel.
Le magazine allemand Focus relaie lui aussi le témoignage d’un retour difficile : celui d’un Allemand revenu à Francfort après une expatriation au Japon et en Chine. Il ne cesse de comparer, défavorablement, son pays d’origine aux endroits où il a vécu et se sent mal à l’aise. Le retour implique en effet des ajustements sociaux, familiaux, professionnels et un vrai travail sur les émotions liées à la rupture avec la vie à l’étranger.
Où trouver de l’aide ?
“Pour partir vivre à l’étranger, il faut avoir énormément d’énergie, d’optimisme, de confiance en soi et d’autonomie. Et c’est sans doute pourquoi ceux qui font le choix de s’expatrier cherchent à ignorer leurs symptômes de dépression ou d’anxiété”, constatait en 2020 Gabriela Akpaça, une Américaine alors installée à Istanbul dans les pages de Daily Sabah.
Si l’on parle fréquemment de “blues”, il peut parfois s’agir d’un problème de santé mentale plus persistant et plus grave, qu’il faut traiter. Il existe pour cela des thérapeutes. À l’étranger, les ambassades possèdent généralement des listes de psychiatres et psychologues installés sur place qui connaissent bien les problématiques des expatriés et parlent leur langue. Depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’entreprises et d’universités prennent en compte la santé mentale. Il existe en outre des coachs spécialisés. Enfin, de nombreux groupes d’expats existent et permettent de lutter contre l’isolement et de partager les difficultés. Une seule règle prévaut : ne pas ignorer le problème.
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