“Cette réforme est un passage très important pour cette législature, car elle assure un gagnant clair lors des élections et permet à la coalition choisie par les électeurs de former un gouvernement stable et en capacité de tenir ses engagements.” Jeudi 16 juillet, dans une déclaration sur X relayée par le Corriere della Sera, la ministre des Réformes institutionnelles, Elisabetta Casellati, a ainsi exprimé sa satisfaction.
La Chambre des députés a en effet donné son feu vert à la réforme qui introduit une nouvelle loi électorale. Si le Sénat l’approuve également, celle-ci entrera en vigueur, selon toute vraisemblance, avant l’automne 2027. Soit le moment où Giorgia Meloni devrait se présenter devant les électeurs pour briguer un deuxième mandat.
Le mode de scrutin actuellement en vigueur, appelé “Rosatellum” (d’après le nom du chef du Parti démocrate qui l’a proposé, Ettore Rosato), est un mixte entre un système proportionnel et un système majoritaire. La nouvelle loi a quant à elle été baptisée “Stabilicum”, un nom censé souligner l’objectif principal de ce texte : garantir la stabilité de l’exécutif en désignant un gagnant incontestable.
Avec le “Rosatellum”, en effet, il est tout à fait possible qu’aucune majorité claire ne se dessine au Parlement à la suite d’un scrutin. Un défaut que le “Stabilicum” entend corriger en introduisant un système proportionnel corrigé par une “prime de majorité” de 105 sièges pour la coalition atteignant au moins 42 % des voix. Un bonus suffisant pour garantir une majorité à ladite coalition dans les deux chambres.
Une “énième” loi électorale
Autre changement majeur, détaille le site de la RAI : “Tous les partis membres d’une coalition devront indiquer clairement une seule et même personne comme candidat au poste de Premier ministre.” Ce qui n’était pas le cas auparavant, le président du Conseil étant souvent désigné a posteriori, en fonction du parti qui, au sein de la coalition gagnante, obtenait le plus de voix. Ou encore sur la base d’accords postélectoraux entre forces politiques qui désignaient une personnalité de compromis.
La recherche de stabilité qu’est censée incarner la nouvelle loi électorale rencontre les faveurs d’Il Foglio, un journal de centre droit qui n’hésite pas à critiquer la coalition de Meloni lorsqu’il le juge nécessaire. Cette fois, le quotidien milanais souligne toutes les qualités supposées de cette réforme au travers d’une série de questions rhétoriques.
“Une loi qui aide l’Italie à gagner en stabilité, à un moment historique où l’Europe est secouée par une vague d’instabilité, est-ce un problème ou une chance ? Une loi qui oblige les alliés à assumer leur responsabilité d’alliés, sans chercher de formules alchimiques permettant d’être alliés sans le dire, peut-être sans programme commun, peut-être sans candidat commun au poste de Premier ministre reconnu, est-ce une dérive antidémocratique ou un retour à la réalité ? Et une loi qui rend plus difficile le scénario d’une égalité des voix, est-elle une loi susceptible de contribuer ou non à simplifier le paysage politique sans alimenter la fragmentation, qui constitue généralement un terrain fertile pour les incursions populistes ?”
Un jugement positif qui n’est pas partagé par la presse d’opposition. Le quotidien La Repubblica rappelle que, “comme par hasard”, le centre droit est actuellement crédité de 43 % des intentions de vote, soit 1 % de plus que les 42 % nécessaires pour avoir la majorité dans les deux chambres du Parlement.
Plus grave encore aux yeux du média romain : pour garantir la proportionnalité, le “Stabilicum” prévoit une limite à la “prime de majorité”. La coalition gagnante ne pourra pas, grâce à ce “bonus”, obtenir plus de 220 sièges à la chambre basse et 113 sièges au Sénat. Or, “même avec cette limite au nombre de députés et de sénateurs appartenant au même camp, la coalition gagnante aurait le nombre de voix nécessaire pour élire à elle seule le président de la République”. Une torsion démocratique importante pour le média progressiste, puisque le chef de l’État (actuellement, Sergio Mattarella) est censé incarner l’unité de la nation et être élu (idéalement) à la fois par la majorité et l’opposition.
Quoi qu’il en soit, La Repubblica et Il Foglio tombent d’accord sur un point, bien résumé par ce dernier : “Il y a de très bonnes raisons d’être agacé face à une énième majorité qui, pour la énième fois, choisit de modifier une énième loi électorale pour tenter de ne pas perdre les élections.” Un vice qui, historiquement, n’a pas été l’apanage de la droite, reconnaît La Repubblica.
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