En direct Lundi 3 Août 2026
Géopolitique

Ahmad Massoud et Aurélien Pradié : « Les citoyens d’Afghanistan qui arrivent aux frontières de l’Europe fuient la menace ; ils ne la portent pas »

Alors que l’Union européenne a récemment engagé des discussions avec Kaboul sur la possibilité de renvoyer des citoyens afghans vers leur pays d’origine, l’homme politique afghan et le député (non inscrit) du Lot rappellent, dans une tribune au « Monde », que l’Europe démocratique d

Ahmad Massoud et Aurélien Pradié : « Les citoyens d’Afghanistan qui arrivent aux frontières de l’Europe fuient la menace ; ils ne la portent pas »
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L’histoire ne flanche jamais d’un seul coup, par de grandes capitulations. Elle cède pas à pas, par une succession de renoncements. C’est l’addition des lâchetés qui finit par produire la forfaiture : un mot que l’on ne s’interdit plus, une poignée de main que l’on justifie, une rencontre présentée comme « technique ». Puis une autre. Et bientôt, ce qui était hier impensable devient banal, puis acceptable.

C’est précisément le risque que fait courir le dialogue engagé à Bruxelles entre l’Union européenne et une délégation du régime taliban.

Depuis bientôt cinq ans, les faits sont connus. Le pouvoir taliban ne représente pas le peuple d’Afghanistan. Il ne procède d’aucune élection, d’aucune constitution librement adoptée, d’aucun mandat populaire. Il gouverne sans Etat de droit, sans séparation des pouvoirs, sans liberté politique et sans possibilité pour les citoyens de choisir leurs dirigeants. Il ne demande pas le consentement ; il exige l’obéissance.

La persécution des femmes et des filles en est la manifestation la plus visible et la plus méthodique. Elles sont privées d’éducation, de travail et de liberté de circulation, progressivement effacées de l’espace public. Mais ce système ne s’arrête pas là. Arrestations arbitraires, disparitions forcées, torture, exécutions extrajudiciaires, répression des journalistes, des défenseurs des droits humains, des anciens fonctionnaires et des minorités : c’est l’ensemble de la société que le régime entend soumettre. Rarement, dans l’histoire contemporaine, un pouvoir aura organisé avec une telle constance la négation de la dignité humaine et de la souveraineté populaire.

Le « modèle taliban »

Pourtant, le peuple d’Afghanistan n’a pas consenti. Il résiste. Des femmes enseignent clandestinement et manifestent au péril de leur vie. Des journalistes continuent d’informer. Des citoyens organisent des réseaux de solidarité. Des forces de résistance armées contestent l’emprise talibane dans plusieurs régions, particulièrement dans le nord du pays. Réduire l’Afghanistan à un peuple passivement soumis serait reprendre à son compte le récit que les talibans cherchent à imposer : celui d’une victoire achevée et irréversible.

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