Punir pénalement quiconque détruit le drapeau japonais. Tel est la teneur de la loi que le Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur) au pouvoir s’apprête à faire voter d’ici à la fin de la séance parlementaire prévue cet été. En l’état actuel, le Code pénal du pays reconnaît l’existence de délit d’outrage aux drapeaux étranger, dispositif mis en place pour ménager les relations diplomatiques entre Tokyo et les autres capitales.
Or, en ce qui concerne le hinomaru, comme est appelé le drapeau national, rien n’est prévu concernant une éventuelle destruction ou dégradation. Promue notamment par la très à droite Première ministre Sanae Takaichi, cette réforme a pour objectif de “corriger cette contradiction”, explique le quotidien nippon Asahi Shimbun.
Le PLD voit également dans l’outrage au drapeau national un acte “bafouant les sentiments et la dignité du peuple japonais, [qui est] attaché” à ce symbole, continue le journal en reprenant le texte du projet de loi. D’où la nécessité, selon la formation conservatrice au pouvoir quasiment sans interruption depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’instaurer un nouveau délit afin de “protéger le respect des Japonais qui chérissent leur drapeau”. Le projet prévoit deux ans d’emprisonnement au maximum ou une amende pouvant aller jusqu’à 200 000 yens (1 077 euros).
Menaces sur la liberté d’expression ?
Reste que cette loi rappelle forcément les années sombres du militarisme japonais. Entre les années 1930 et 1940, le hinomaru a été utilisé comme un outil de propagande utilisé par le pouvoir militaire, destiné à mobiliser les Japonais et à leur imposer le respect de l’empereur. Les critiques gagnent même certains poids lourds du PLD. “Le respect d’un peuple à l’égard de son drapeau national devrait être naturel”, affirme Takeshi Iwaya, ancien ministre des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Jiji Tsushin.
Même son de cloche du côté des médias de gauche, qui craignent une violation de la liberté d’expression garantie par la Constitution. “Les pouvoirs publics ne devraient pas imposer l’amour du pays”, tranche dans un éditorial le journal Tokyo Shimbun.
“Si l’État veut gagner la confiance des Japonais, il faudrait qu’il fasse en sorte que le Japon reste un pays tolérant et qui respecte des libertés.”
En raison de ces réserves, il n’est pas certain que le projet voie le jour, bien qu’il ait été validé par le comité du PLD chargé du dossier. D’autant plus que le texte n’a pas encore été présenté à la Diète, le Parlement japonais. D’autant que, si la chambre basse est dominée par le PLD et son allié le Parti japonais de l’innovation (droite), la coalition au pouvoir n’a pas la majorité absolue au Sénat. “Le sort du projet est incertain”, conclut Jiji Tsushin.
Au Japon, une marque de chips passe au packaging en noir et blanc à cause de la guerre en Iran
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !