Les échanges entre dirigeants du bloc diplomatique des BRICS ont débuté vendredi 11 septembre en Inde, à la veille de leur sommet ce week-end. Le conflit lancé fin février au Moyen-Orient par les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran devrait nourrir une partie des discussions.
L’hôte de la réunion, le premier ministre indien, Narendra Modi, a reçu dans l’après-midi à New Delhi les présidents russe, Vladimir Poutine, et iranien, Massoud Pezeshkian ; de premiers entretiens d’une longue série de tête-à-tête. L’autre invité de marque du sommet, le président chinois, Xi Jinping, est attendu samedi dans la capitale indienne.
« L’Iran a subi de lourdes sanctions ces dernières années. Ces pressions ont atteint un stade critique et dangereux ces derniers mois à la suite de l’agression militaire des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran », a déclaré le chef de l’Etat iranien dès sa première intervention. « Lorsqu’un pays subit des pressions politiques et militaires sur son commerce, son énergie, ses infrastructures et son système financier, les répercussions dépassent ses frontières », a également souligné M. Pezeshkian.
L’Iran a verrouillé en représailles le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre 20 % du pétrole mondial. Ce blocage continue de faire flamber les prix du brut. La Russie et la Chine, déterminées à contrer l’hégémonie américaine, continuent à commercer avec l’Iran, malgré les menaces de sanctions répétées de Donald Trump. Une position difficilement conciliable avec celle des Emirats arabes unis (membres des BRICS), qui ont suspendu en août leurs échanges commerciaux et financiers avec Téhéran, après avoir été visés par des missiles iraniens.
« Dialogue et diplomatie » pour résoudre les conflits
Neuf mois après la dernière visite du président russe dans la capitale indienne, Narendra Modi et Vladimir Poutine se sont retrouvés vendredi en se donnant une franche accolade. Les deux dirigeants « ont partagé leurs perspectives » concernant les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, selon le ministère des affaires extérieures indien. « Le premier ministre [indien] a réaffirmé que seuls le dialogue et la diplomatie permettaient de résoudre les conflits », a-t-il ajouté.
Narendra Modi, qui a jusque-là toujours évité de condamner ouvertement l’invasion russe, avait exhorté, lors du dernier sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) les 31 août et 1ᵉʳ septembre derniers, son « ami » Vladimir Poutine à trouver une issue au conflit. Sa déclaration avait été aussitôt saluée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Alliée traditionnelle de la Russie, l’Inde a continué à importer du pétrole de cette dernière malgré les sanctions des Etats-Unis, qui estiment que ces achats financent la guerre de Moscou contre l’Ukraine.
Dégel entre l’Inde et la Chine
La participation au sommet de Xi Jinping – sa première visite en Inde depuis 2019 – marque une nouvelle étape du dégel entre Pékin et New Delhi, six ans après l’accrochage militaire meurtrier qui les avait opposés à leur frontière disputée dans l’Himalaya. L’Inde et la Chine ont, depuis, lentement remis leur relation sur les rails, mais la méfiance persiste. « On ne peut s’engager dans le débat et l’amitié qu’avec les vertueux, jamais avec ceux qui ne le sont pas », a écrit en sanscrit M. Modi dans un message de bienvenue à ses invités.
« La Chine est prête à travailler avec l’Inde (…) en renforçant la communication, la coopération et en traitant correctement les différences, comme deux voisins et partenaires amis », a commenté vendredi une porte-parole de la diplomatie chinoise, Mao Ning.
Quelques dizaines de Tibétains, selon un photographe de l’Agence France-Presse, ont dénoncé vendredi à New Delhi le séjour annoncé de M. Xi en Inde, pays qui accueille leur chef spirituel en exil, le dalaï-lama, depuis 1959.
Le forum des BRICS a été créé en 2009 pour rassembler les grandes économies émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, puis Afrique du Sud) hors des institutions dominées par les Etats-Unis et les puissances occidentales rassemblés dans des sommets tel le G7. Le bloc s’est depuis élargi notamment à l’Iran et aux Emirats arabes unis, eux aussi annoncés à New Delhi.