Avant de perdre la tête sur l’échafaud, sous la Terreur, le Girondin Pierre Victurnien Vergniaud (1753-1793) disait craindre que « la Révolution, comme Saturne, dévorât successivement tous ses enfants ». La révolution culturelle voulue par Mao Zedong (1893-1976) l’a littéralement pris au mot. En 1968, dans la province du Guangxi, jouxtant le Vietnam, plusieurs centaines de personnes ont été victimes de cannibalisme durant la guerre civile opposant deux factions rivales maoïstes – des combats et massacres qui y ont fait par ailleurs plus de 100 000 morts.
Le romancier et journaliste chinois Zheng Yi, né en 1947, a été le premier à rendre publiques ces atrocités dans Stèles rouges. Du totalitarisme au cannibalisme (Bleu de Chine, 1999), le fruit d’une enquête de terrain auprès des descendants des victimes et de leurs bourreaux cannibales. Jeune garde rouge dans cette province en 1968, il avait entendu des rumeurs sur des actes d’anthropophagie. Persuadé qu’en Chine maoïste « il n’existe que deux choses authentiques et fiables : la date de publication du journal et les “racontars” », il décide de revenir sur les lieux en 1986 et en 1988.
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