Professeur de relations internationales à l’Université nationale d’enseignement à distance et directeur de l’Observatoire de Ceuta et Melilla, un cercle de réflexion installé à Madrid, Carlos Echeverria Jesus décrypte pour Le Monde les enjeux de la crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta. Les 30 et 31 juillet, 72 000 migrants majoritairement marocains – selon l’estimation de Madrid – sont entrés au cœur de la cité située à l’est de Tanger. Si l’écrasante majorité d’entre eux a depuis rebroussé chemin, la poussée de fièvre va laisser des traces dans les relations entre le Maroc et l’Espagne, dont les possessions dans le nord du pays sont revendiquées par le royaume chérifien.
Quelles sont les origines de la crise migratoire dont Ceuta a été le théâtre, les 30 et 31 juillet ?
Il faut replacer cette crise dans le contexte des ambitions territoriales du Maroc. Le royaume considère que les possessions espagnoles situées au nord de son territoire – Ceuta, Melilla, les îles Alhucemas et Chafarines ainsi que le rocher de Vélez de la Gomera – doivent lui revenir. Jusqu’à présent, il était concentré sur la question du Sahara occidental, qui l’occupe depuis des décennies. Il semblait attendre de résoudre, à son avantage, ce dossier saharoui pour s’intéresser ensuite aux territoires espagnols du Nord.
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