Voilà plus de trois ans que le Soudan est en proie à une guerre civile largement ignorée. À tel point que l’on peut la qualifier de “guerre oubliée”, comme le titre The Economist à la une de son édition du 8 août.
Au lieu d’images de militaires, d’une ville détruite ou d’un camp de réfugiés – habituellement utilisées pour illustrer un conflit –, l’hebdomadaire britannique a choisi une photo sans équivoque en couverture : un crâne délaissé au milieu d’un champ de ruines désert à Khartoum. En 2023, 7 millions de personnes vivaient dans son agglomération.
“Il est impossible de trouver un unique lieu qui illustrerait la dévastation causée par la guerre civile soudanaise”, écrit The Economist.
“Cause perdue”
Mettre un terme à cette guerre semble d’autant plus complexe que l’ingérence de forces étrangères y est forte. Les Forces armées soudanaises (SAF), soutenues par l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Qatar et la Turquie, contrôlent le nord et l’est du pays. Les Forces de soutien rapide (FSR), soutenues par les Émirats arabes unis, ont quant à elles la main sur l’ouest et le sud du pays. Les deux camps continuent de s’entretuer, commettant des crimes de guerre et contre l’humanité.
“Beaucoup de Soudanais se sont résignés à être traités comme une cause perdue et ont commencé à parler d’une ‘Somalia Timeline’ : un conflit long de plusieurs décennies et sans perspective de fin”, observe The Economist, en référence à la guerre civile qui déchire toujours la Somalie.
Pourtant, le magazine entrevoit deux minces espoirs de résolution. Le premier est lié à l’Arabie saoudite, dont le regard pourrait se concentrer sur la mer Rouge, où les attaques des houthistes (soutenus par l’Iran) contre des pétroliers liés à Riyad sont de nature à accroître l’importance stratégique du littoral soudanais à ses yeux. Ce qui pourrait rendre le soutien des Émirats arabes unis aux FSR “plus risqué”, et donc favoriser un possible cessez-le-feu.
Le second espoir réside dans le renversement récent de la situation sur le champ de bataille. L’armée soudanaise a réalisé des “avancées significatives” ces dernières semaines, face aux FSR. Une position de force qui pourrait faciliter des négociations, selon The Economist.
Alors que la saison des pluies arrive au Soudan, ce qui pourrait entraîner une “accalmie dans les combats”, et bien que les chances d’obtenir un cessez-le-feu restent minces, “c’est maintenant qu’il faut lancer une offensive diplomatique”, conclut l’hebdomadaire.
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