“Le Chinamaxxing fait le buzz !” se réjouit sur Weixin mercredi 5 août la télévision centrale chinoise, CCTV. L’une des plus puissantes machines de la propagande chinoise lance la question avec fierté : “Pourquoi la génération Z occidentale commence-t-elle à ‘adorer’ la Chine ?”
Littéralement, “Chinamaxxing”, néologisme issu des réseaux sociaux, qui combine China et maxxing, signifie “la sinisation à fond”. Apparu en 2025, le terme est devenu un phénomène viral dès le début de l’année 2026 sur les réseaux sociaux tels que TikTok et Instagram. Comme l’a souligné CCTV, en l’espace de quelques mois, le nombre cumulé de vues des hashtags associés au Chinamaxxing a dépassé les 4 milliards.
Changement d’image
L’ampleur du phénomène “témoigne d’un changement de perception générationnel” en Occident, interprète la télévision étatique chinoise, qui le voit comme une belle revanche de l’histoire :
“Si l’Occident a traditionnellement perçu la montée en puissance de la Chine comme une menace, ce récit est désormais remis en question par les jeunes Occidentaux eux-mêmes”.
Sur les réseaux sociaux, ces jeunes internautes commencent à mettre en avant des habitudes de vie chinoises, lesquelles autrefois étaient vues comme saugrenues : boire de l’eau chaude, prendre du porridge au petit déjeuner, se faire un bain de pieds. En exposant leurs moments de vie “à la chinoise”, comme regarder des séries chinoises ou pratiquer le qi gong, ils prétendent être entrés dans l’ère chinoise.
Depuis août, ce phénomène du Chinamaxxing a connu une “extension hors ligne plus concrète”, observe le média hongkongais Bashi de Bao (Bastille Post). Le contenu partagé par les influenceurs étrangers ne se limite plus à boire de l’eau chaude ou à pratiquer le qi gong, mais englobe désormais leur expérience dans le pays : prendre le train à grande vitesse, utiliser le paiement mobile dans le système chinois, découvrir des quartiers urbains, déguster des spécialités locales ainsi que visiter des musées et des galeries d’art.
“Autrement dit, ce terme d’argot Internet, qui était au départ sur TikTok lié à un mode de vie, s’est étendu pour désigner l’expérience de voyage vécue, l’immersion réelle dans la vie chinoise”, décortique le média en ligne hongkongais. À travers ce phénomène, le titre a détecté un changement de l’image de l’empire du Milieu en Occident. Si pendant très longtemps la Chine apparaissait davantage sous les traits de l’“usine du monde”, de la “grande puissance exportatrice”, ou encore comme un “concurrent géopolitique”, la perception apparaît désormais “un peu différente”, constate Bashi de Bao.
Comme preuves, les marques chinoises, les miniséries, la culture Internet, le cinéma, la télévision ainsi que la vie urbaine “sont progressivement devenus des éléments culturels que les jeunes Occidentaux apprécient, imitent et consomment”. Même si une partie des contenus du courant Chinamaxxing est certainement partagé en “exagérant délibérément”, davantage dans l’optique de publier un mème que de partager une expérience de vie, le titre souligne que “cela n’enlève rien à sa portée culturelle”.
Un phénomène, une aspiration, un mème
Le New York Times (NYT) a également signalé cet aspect du sujet – une forme de blague plutôt absurde, lorsque des internautes américains déclarent être chinois. Mais le phénomène est devenu par la suite un mème populaire, d’une certaine manière “une aspiration”. Le changement le plus notable, c’est que ces blagues sont “désormais teintées de respect”, ce qui “aurait été tout simplement impensable” il y a six ans, période à laquelle la qualification du Covid-19 de “virus chinois” par le président américain Donald Trump avait amplifié les crimes haineux envers les personnes d’origine asiatique.
Six ans plus tard, “tout en assistant au déclin de leur propre pays, les utilisateurs américains de TikTok continuent de fantasmer sur le fait de ‘devenir chinois’”, témoigne le NYT, en donnant une explication à ce phénomène : dans leur esprit, un mode de vie de qualité à faible coût – porter des pantoufles à la maison, prendre soin de sa santé – ne devrait pas être l’apanage d’une minorité privilégiée, mais être à la portée de tous.
Le mode de vie chinois est-il pour autant plus équitable et plus juste que celui des États-Unis ? “Dans des extraits d’une durée de quelques secondes seulement, soigneusement sélectionnés, l’herbe paraît généralement plus verte vue de l’autre bout du monde”, nuance le quotidien américain.
Face à des loyers qui flambent, les jeunes Chinois en viennent à partager leur propre lit
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