La collusion entre Donald Trump, président des Etats-Unis, et Gianni Infantino, dirigeant de la FIFA, a franchi une nouvelle étape au mépris des règles les plus élémentaires du sport. Dimanche 5 juillet, la Fédération internationale de football a suspendu, sous la pression de M. Trump, le carton rouge reçu par l’attaquant américain Folarin Balogun, lors du match contre la Bosnie-Herzégovine, trois jours plus tôt. Pour rappel, le joueur de l’AS Monaco et vedette de l’équipe des Etats-Unis avait été logiquement expulsé à la suite d’un tacle non maîtrisé. Il aurait dû être suspendu pour le match contre la Belgique, dans la nuit de lundi 6 à mardi 7 (finalement largement remporté par les Belges). M. Trump en a décidé autrement. Et a appelé M. Infantino pour faire annuler cette décision arbitrale. Une demande à laquelle le Suisse s’est empressé d’accéder.
Cette ingérence inadmissible du pouvoir politique dans le déroulement d’une compétition sportive a été dénoncée, à raison, par la fédération belge de football. L’Union des associations européennes de football (UEFA), l’instance européenne, vise juste lorsqu’elle écrit, dans un communiqué, que la décision de la FIFA est « inédite, incompréhensible et injustifiable ».
Ce n’est, en réalité, que la triste illustration de la complicité entre MM. Trump et Infantino. Non seulement le dirigeant de la FIFA ne cesse de louer le président américain – en décembre 2025, il lui avait remis un « prix de la paix » pour le consoler de n’avoir pas reçu le prix Nobel –, mais il est désormais devenu son obligé en effaçant, à sa demande, une décision du corps arbitral. Ce dernier se retrouve ainsi fragilisé : les sanctions qu’il décide d’infliger aux joueurs fautifs peuvent être annulées sans aucun fondement, selon le fait du prince.
Mais, surtout, la décision de M. Infantino affaiblit encore un peu plus une institution dont l’histoire est jalonnée par les affaires et dont le clientélisme n’est plus à prouver. La FIFA a été frappée durement, il y a dix ans, par un scandale de corruption. La justice américaine avait d’ailleurs été à l’origine d’une partie des procédures judiciaires pour des « faits de racket, d’escroquerie et de blanchiment d’argent », visant une quinzaine de personnes. Sepp Blatter, le prédécesseur de M. Infantino à la tête de l’institution, avait été contraint de démissionner devant l’ampleur de l’affaire révélée à l’époque. M. Blatter a beau jeu, aujourd’hui, d’affirmer que « le football ne doit jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique ».
La Coupe du monde aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique s’enfonce dans tous les travers du sport spectacle, faisant passer l’intérêt de la compétition en dernier. Avec l’affaire Balogun, ce sont les intérêts du principal pays organisateur qui ont été protégés. Dans d’autres cas, ce sont les plus grandes stars qui jouissent d’un régime de faveur. Cristiano Ronaldo a ainsi bénéficié d’une clémence inhabituelle de la FIFA. Suspendu pour trois matchs après avoir reçu un carton rouge lors d’une rencontre éliminatoire pour la Coupe du monde, le quintuple Ballon d’or a vu sa sanction effective réduite à une suspension pour un seul match.
Un changement profond est indispensable à la FIFA. Cela passe, d’abord, par une nouvelle équipe dirigeante. M. Infantino a perdu la crédibilité et la légitimité nécessaires pour présider cette institution. Son congrès électif, prévu début 2027, où il est déjà candidat, est une occasion à ne pas manquer pour tourner la page. Et enfin mettre l’éthique et l’équité au premier plan.