Adieu les troupes de Sa Majesté, bonjour l’équipe nationale argentine, de retour en finale de la Coupe du monde”, exulte le quotidien argentin Página 12.

L’Argentine a “brisé le cœur de l’Angleterre” mercredi 15 juillet à Atlanta en battant en demi-finale les Three Lions (2-1), grâce à deux buts inscrits en toute fin de match, rapporte The Guardian. Dimanche 19 juillet, l’Albiceleste affrontera en finale l’Espagne qui a triomphé mardi face aux Bleus (2-0).

Mercredi, l’équipe de Thomas Tuchel semblait pourtant “bien partie pour atteindre sa première finale de Coupe du monde depuis le [dernier] sacre [de l’Angleterre] en 1966”, relate la BBC. Après une première période électrique, les coéquipiers d’Harry Kane avaient en effet ouvert le score avec un but d’Anthony Gordon (55e).

Mais l’Argentine a par la suite trouvé les ressources pour renverser la situation. Elle a égalisé en fin de rencontre avec Enzo Fernández (85e), servi par l’inévitable Messi, qui dans le temps additionnel a envoyé un centre millimétré que Lautaro Martinez a catapulté de la tête dans les cages anglaises (90e + 2). “40 ans après le doublé de Diego Maradona”, Lionel Messi a “crucifié l’Angleterre” en délivrant deux passes décisives, observe Le Soir.

“Un ballon magnifique est tombé du ciel, et le monde entier a retenu son souffle lorsque Lautaro Martínez l’a repris de la tête, plongeant toute une nation dans une explosion de joie”, raconte de son côté avec émotion Página 12 qui évoque “une victoire inoubliable”, “chèrement acquise, avec une remontée héroïque à cinq minutes du terme”. De quoi “pleurer encore et encore dans cette incroyable Coupe du monde à couper le souffle”, conclut le journal argentin.

L’Argentine “ne dépend plus uniquement” du “génie” Messi

“Nul ne défie sa propre mortalité comme” l’Argentine, estime El País. “Elle l’a encore prouvé en demi-finale, mais avec une différence notable par rapport aux épreuves endurées face au Cap-Vert, à l’Égypte et à la Suisse : cette fois, elle n’a pas seulement survécu à une situation périlleuse, elle a déchaîné une véritable tempête footballistique qui a terrassé une équipe d’Angleterre pourtant réputée pour sa solidité défensive”.

Pour le quotidien madrilène, “le but d’Anthony Gordon après la pause a déclenché une attaque féroce et implacable qui a submergé les Britanniques”. “Après une Coupe du monde en demi-teinte, où ils se sont accrochés de justesse à leur survie pour surmonter leurs propres faiblesses, les champions en titre ont livré une seconde période magistrale, empreinte d’une émotion brute, pour décrocher leur deuxième finale consécutive”, observe El País, qui note que même si Messi n’a cette fois-ci pas inscrit de but, l’Argentine a été une “fois de plus capable de trouver des solutions”, preuve que l’Albiceleste ne “dépend plus uniquement de son génie”.

“Une remise en question au goût de déjà-vu” attend l’Angleterre

Pour les Three Lions, qui ont échoué mercredi à se qualifier pour la deuxième finale ⁠de Coupe ‌du monde de leur histoire, soixante ans après leur unique sacre, la déception est immense. “L’Argentine méritait sa qualification pour la finale de la Coupe du monde. Pour l’Angleterre, en revanche, commence une nouvelle remise en question, au goût de déjà-vu”, observe The Guardian.

“Ce fut un tournoi étrange pour Tuchel et ses joueurs, marqué par ce sentiment difficile à dissiper que les résultats obtenus jusqu’ici avaient dépassé le niveau réel des performances” des Three Lions, analyse le quotidien britannique. “Face à l’Argentine, au moment où cela comptait le plus, ils n’en ont pas fait assez, notamment sur le plan de la créativité. Ils ont à peine inquiété le but d’Emiliano Martínez. Et lorsqu’une résilience défensive était nécessaire dans les dernières minutes, elle n’a pas été au rendez-vous”.

“Ce que l’Argentine a clairement démontré” de son côté “dans ce tournoi, c’est qu’il ne faut jamais la sous-estimer avant le coup de sifflet final”, conclut le quotidien espagnol ABC. Dimanche, “l’Espagne aura besoin d’une avance confortable pour aborder les dernières minutes sereinement”.

De possibles sanctions disciplinaires contre l’Argentine

Mercredi, la politique s’est par ailleurs brièvement invitée à l’issue du match : les joueurs argentins ont célébré leur victoire en déployant une banderole sur laquelle était inscrite : “Les Malouines sont argentines”, rapporte The Telegraph.

Le petit archipel de l’Atlantique Sud est revendiqué par l’Argentine depuis son occupation anglaise en 1833. Une guerre de deux mois a éclaté au printemps 1982 après le débarquement de troupes de la junte militaire argentine sur l’archipel, faisant 649 morts côté argentin et 258 côté britannique.

“L’Argentine s’expose à des sanctions disciplinaires de la part de la FIFA”, estime le journaliste sportif de la BBC Adwaidh Rajan. Celle-ci interdit en effet toute manifestation politique lors des tournois qu’elle organise. Rajan rappelle que le match Argentine-Angleterre “s’est déroulé sous un dispositif de sécurité renforcé en raison des tensions historiques entre les deux nations”.