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Politique

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (33)

Après le discours très remarqué du ministre de la justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, le temps était venu de passer la parole au chef du gouvernement, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui a été très bref. Ne voulant sans doute pas faire de l’ombre ni aux mem

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (33)
HaitiCreoleRadio.com
Jean Marie Altéma, ancien Directeur général du CONATEL

Après le discours très remarqué du ministre de la justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, le temps était venu de passer la parole au chef du gouvernement, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui a été très bref. Ne voulant sans doute pas faire de l’ombre ni aux membres du CPT présents ni à l’hôte de la rencontre, l’énigmatique Alix Didier Fils-Aimé n’a fait que confirmer les propos de son ministre de la Justice.

Il a juste sauté sur l’occasion pour annoncer que l’ONI (Office National d’Identification), l’organisme public chargé de délivrer la Carte nationale d’identité, un document indispensable pour avoir sa Carte électorale, va travailler de près avec la plateforme numérique nationale d’enregistrement des partis politiques et les membres du ministère de la Justice afin de faciliter le travail de toutes ces instances. Cet évènement marque un tournant historique dans la relation entre l’État et les partis politiques haïtiens, d’après lui.

« Ce programme traduit la volonté du gouvernement de doter notre démocratie d’acteurs politiques mieux organisés, plus responsables et pleinement engagés dans la construction d’une gouvernance stable, transparente et inclusive. Le gouvernement va mettre en œuvre une plateforme numérique nationale d’enregistrement des partis politiques et de leurs membres. Elle est conçue dans un esprit de transparence et de sécurité permettant l’inscription en ligne des partis politiques et de leurs dirigeants, simplifiant ainsi les procédures administratives et réduisant les risques d’erreurs et de fraude. Cette plateforme revêt une importance stratégique nationale. Elle repose sur l’échange des données sensibles issues du registre national d’identification, ce qui implique un haut niveau de sécurité, de confidentialité et de souveraineté technologique. La mise en œuvre de cette plateforme exigera des protocoles de cybersécurité, au niveau gouvernemental, une gestion strictement nationale des données et un cadre juridique renforcé pour protéger les informations personnelles des citoyens contre tout risque de divulgation ou d’accès non autorisés. Cette plateforme pose la base d’une administration numérique souveraine. » 

Le 3 novembre 2025, c’est un spécialiste du numérique en Haïti, Jean Marie Altéma, ancien Directeur général du CONATEL, l’organisme public de régulation audio-visuel en Haïti, qui donnait l’alerte sur le risque, selon lui, du harcèlement numérique en absence de procédure de protection pour les candidats par les autorités gouvernementales. Dans son récit, Altéma souligne quatre points qu’il estime être primordiaux à protéger si l’on veut que tout se passe bien pour tous les concurrents. Après avoir donné les chiffres et pourcentage du nombre d’utilisateurs haïtiens sur les différentes plateformes de réseaux sociaux, – WhatsApp, Facebook, Tik Tok et You Tube, celui qui parle en connaissance de cause, énumère, entre autres, les principaux risques liés à l’absence de cadre spécifique et peut-être juridique.

« 1-Manipulation de l’opinion : Les rumeurs, les deepfakes, les contenus falsifiés et les messages automatisés (robocalls, robotextes) peuvent circuler rapidement et influencer la décision des électeurs. L’usage de l’intelligence artificielle accentue ce risque en permettant la création de contenus hyper-personnalisés, crédibles et trompeurs à grande échelle, rendant la détection et la correction extrêmement difficiles. 2-Financement opaque : Les publicités politiques ciblées, exemptées de traçabilité, favorisent les interventions non déclarées ou étrangères.3- Harcèlement et cyberviolence : Les candidats, particulièrement les femmes, subissent des insultes, des menaces et des campagnes de dénigrement, ce qui décourage la participation démocratique. 4- Fragilisation de la confiance : L’absence d’outils de vérification et de sanction favorise la défiance, le désengagement et la déstabilisation post-électorales. » 

Samuel Colin, Président du Forum Haïtien pour la Paix et le Développement Durable (FOHPDD)

En bon technicien, l’ex-DG du CONATEL fait quelques recommandations aux autorités compétentes en vue de prendre les mesures nécessaires afin de parer à tous mauvais coups qui pourraient perturber le bon déroulement des élections que ce soit avant, pendant et après les scrutins. Parmi les préconisations, Jean Marie Altéma avance des pistes comme : « Pour combler le vide juridique et protéger l’intégrité du scrutin, il est urgent d’intégrer un cadre clair au Décret électoral 2025, dédié à la communication numérique et à la lutte contre la désinformation, imposant la transparence des messages sponsorisés (identité, montant, ciblage) et prévoyant des sanctions proportionnées pour la diffusion volontaire de fausses informations. Parallèlement, la création d’une Cellule nationale de veille numérique électorale permettra de détecter rapidement les menaces et de coordonner les réponses. Ces recommandations s’inspirent des bonnes pratiques internationales et visent à renforcer la crédibilité et la transparence du processus électoral dans un contexte de forte pénétration numérique. Les prochaines élections en Haïti se joueront, en partie, sur les écrans. 

Ne pas encadrer l’espace numérique équivaut à laisser la démocratie sans bouclier. Le Décret électoral 2025 offre l’occasion de combler ce vide : protéger le droit à l’information, garantir la transparence des campagnes et défendre la participation, notamment des femmes, face à la violence en ligne. J’appelle les autorités électorales, les décideurs publics, les médias, la Société civile et les partenaires internationaux à se mobiliser d’urgence afin d’adopter les mesures nécessaires à la protection de l’intégrité du scrutin et à la préservation de la paix démocratique. » Entretemps, le débat sur le départ pour le 7 février 2026 du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) fait rage dans la société, notamment auprès des responsables sociopolitiques dont certains en font leur ultime combat. Si, en effet, certains ne voient pas d’un bon œil l’organisation des élections avec le CPT, d’autres, au contraire, plaident pour son maintien après cette date, le temps, selon eux, de terminer le processus commencé depuis un certain temps déjà. C’était la position de cet acteur de la Société civile : Lenz Beth Ferlyn Alparète.

Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Nouvelliste à la fin du mois d’octobre, Alparète estime que ce serait une erreur de faire partir le CPT sans résoudre au préalable cette affaire d’élections. Dans sa prise de position sur la question électorale et celle du mandat du CP, il avance que « Renvoyer le CPT le 7 février reviendrait simplement à ouvrir la voie à un autre groupe de Transition, avec un mandat limité à deux ans tout au plus, et rien ne garantit que ce nouveau pouvoir parviendrait à résoudre la crise actuelle. Depuis 2021, Haïti vit au rythme des transitions sans fin : chaque sortie de crise accouche d’un nouvel intérimaire, d’un nouveau Conseil, d’un nouveau départ, mais jamais d’une véritable stabilité institutionnelle. » Fort de cet argument, Lenz Beth Ferlyn Alparète croit que les partisans du renvoi des 9 membres du Collège Présidentiel, se trompent en promouvant cette alternative peu viable et peu encline à résoudre le problème d’instabilité institutionnelle.

Comme remède alternatif, cet individu proposait de prolonger de préférence le mandat du CPT sur une courte durée avec une mission bien précise. « Le vrai défi aujourd’hui n’est pas de savoir qui doit partir ou rester, mais comment créer les conditions pour la tenue d’élections crédibles. C’est à cela que le CPT doit s’engager fermement : rétablir la sécurité, renforcer les institutions électorales et garantir un climat favorable à la participation populaire. Il serait donc préférable de donner au Conseil présidentiel quelques mois supplémentaires pour remplir ce double objectif : sécuriser le pays et organiser les élections. L’idéal serait qu’un Président élu prenne fonction d’ici mai 2026. Cette voie, bien qu’exigeante, est la seule qui puisse offrir une sortie de crise légitime et durable » argumentaient-ils dans leur tribune datée du 31 octobre 2025. Le vendredi 7 novembre 2025, un autre acteur de la Société civile organisée, en l’occurrence l’Observatoire Haïtien des Droits Humains (OHDH), a tenu une sorte de conférence-débat sur le terme : Violence électorale et démocratie. Cette table ronde avait pour objectif de porter les acteurs à prévenir les violences sous toutes ses formes durant tout le processus électoral.

Le Directeur général du ministère de la Défense, Me Jean Ronel Sistanis, qui a été le premier à intervenir devant un parterre composé en grande partie d’universitaires, d’étudiants et de membres de la Société civile a mis l’emphase sur la violence en période électorale en Haïti, encouragée par certains acteurs politiques dans le but d’intimider leurs adversaires. L’avocat a su expliquer les différentes formes de violences auxquelles la société est confrontée durant cette période déterminée. Il a cité en exemple : les violences psychologique, verbale, physique, symbolique, cyberattaque, etc. Sur ce plan, Me Jean Ronel Sistanis a mis l’État et la puissance publique devant leurs responsabilités avec le rôle, bien entendu, de l’organisme électoral, des forces de sécurité nationale – police nationale et forces armées – sans oublier tous les acteurs impliqués dans le déroulement du processus.

Venu de la diaspora haïtienne de France, Samuel Colin, Président du Forum Haïtien pour la Paix et le Développement Durable (FOHPDD), n’a pas hésité quant à lui, lors de son intervention, à rendre l’État, particulièrement les autorités gouvernementales, responsable des actes de violence au moment des élections. Il souligne le manque d’initiative des gouvernants visant à prévenir ces violences en amont contre de paisibles citoyens cherchant seulement à remplir leur devoir civique.  Les 8 et 9 novembre 2025, c’est dans le nord du pays, tout particulièrement au Cap-Haïtien, que se réunissaient plusieurs dirigeants politiques de la région dans le cadre d’un atelier de formation organisé par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en partenariat avec le gouvernement. Quel était le but de cette activité ? Selon les organisateurs, il s’agissait de renforcer les capacités des formations politiques du Grand-Nord sur l’éthique, la gouvernance et surtout leur expliquer leur rôle au cours de la transition démocratique. Beaucoup de leaders du Nord, Nord-Est et du Nord-Ouest avaient répondu à l’invitation des autorités, ce qui n’a pas été une surprise compte tenu que plusieurs chefs de partis de ces départements se sont inscrits à l’organisme électoral depuis l’ouverture de l’inscription en vue de leur participation aux élections annoncées.

Le mardi 11 novembre 2025, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, se faisait prince en invitant ou convoquant une grande réunion, disait-on stratégique, avec les principaux acteurs nationaux et internationaux en sa résidence officielle, tous parties prenantes dans le processus électoral. Cette rencontre avec l’ensemble des acteurs haïtiens et les partenaires étrangers visait à renforcer et à assurer la concertation et une coordination plus cohérente avec les différentes parties travaillant sur le projet. Outre les membres du cabinet du Premier ministre, ont participé à cette rencontre des cadres et les membres du Conseil Électoral Provisoire (CEP). On a enregistré également la présence de plusieurs ministres, notamment celui de la justice et de la Sécurité Publique, des Généraux de l’armée, plusieurs hauts responsables de la police nationale, sans oublier divers représentants de la Communauté internationale, dont une grande partie de partenaires financiers et techniques.

(À suivre)

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