La décision a pris par surprise les alliés de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Donald Trump a annoncé, jeudi 21 mai sur son réseau Truth Social, l’envoi de 5 000 militaires américains en Pologne, justifiant cette décision par sa bonne relation avec le président nationaliste, Karol Nawrocki, élu il y a près d’un an. Le président américain a évoqué des troupes « supplémentaires » sans que l’on sache immédiatement s’il faisait référence à un déploiement de 4 000 militaires américains, qui était déjà prévu mais qui avait été récemment remis en question par de hauts responsables américains.
Le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, avait déjà dit mardi que ce déploiement était « retardé » plutôt qu’annulé, tout en appelant l’Europe à être plus autonome en matière de défense. « Il faut plus de souveraineté et que l’Europe se tienne seule sur ses deux jambes », avait déclaré J. D. Vance pendant une conférence de presse.
Autant d’allées et venues qui rendent la situation actuelle « déroutante », a souligné vendredi la ministre des affaires étrangères suédoise, Maria Malmer Stenergard, lors d’une réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN, à Helsingborg, en Suède. « Ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver », a-t-elle souligné, tout en plaidant, elle aussi, pour que les Européens intensifient leur propre effort de défense.
Etre moins « dépendants » des Etats-Unis
« Bien sûr, je salue cette annonce », a déclaré Mark Rutte, à son arrivée à cette même réunion. Il a souligné, par ailleurs, que la « trajectoire » de l’Alliance, à terme, restait de chercher à être moins « dépendante » des Etats-Unis. Depuis le retour du milliardaire républicain à la Maison Blanche, les dirigeants européens vivent sous la menace constante d’un désengagement américain de l’Alliance atlantique.
« Je veux remercier le président Trump pour son annonce (…) sur la rotation, sur le fait que la présence de troupes américaines en Pologne restera plus ou moins aux niveaux d’avant », a déclaré, de son côté, vendredi le ministre des affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, lors de la réunion de l’OTAN, en Suède. « Tout est bien qui finit bien », a-t-il ajouté.
Les pays européens de l’OTAN se trouvent désorientés par ces annonces de la Maison Blanche sur la présence militaire américaine en Europe. S’ils reconnaissent désormais le caractère inéluctable d’un désengagement américain, ils souhaitent néanmoins qu’il se fasse sans trop de surprises. Les mouvements de troupes américaines sont donc scrutés de très près. Et Donald Trump entretient le flou. Le Pentagone avait déjà annoncé en mai le retrait de 5 000 soldats d’Allemagne, sans en avertir l’Europe au préalable.
« Ce qui est important, c’est que cela se fasse de manière structurée, afin que l’Europe puisse se renforcer lorsque les Etats-Unis réduisent leur présence », a ainsi souligné le ministre des affaires étrangères norvégien, Espen Barth Eide. Le président américain ne décolère pas depuis que les Européens ont refusé de s’engager à ses côtés dans la guerre qu’il a lancée avec Israël contre l’Iran.
« Européaniser l’OTAN »
« Les positions du président traduisent, à vrai dire, une déception à l’égard de certains de nos alliés de l’OTAN et de leur réaction à nos opérations au Moyen-Orient », a souligné Marco Rubio, ajoutant qu’il faudrait en « répondre ». Les Européens ne sont pourtant pas restés inactifs. Ils « ont entendu le message », a assuré M. Rutte. Des navires de guerre ont été prépositionnés aux abords du détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran, dans le cadre d’une coalition internationale mise en place par Londres et Paris.
L’OTAN pourrait également jouer un rôle, même si aucune décision n’a encore été prise. Donald Trump ne cesse de réclamer de ses alliés européens qu’ils agissent pour rouvrir cette voie maritime stratégique, par laquelle transite un cinquième du pétrole consommé dans le monde. Il exige aussi que les Européens prennent davantage en charge leur propre sécurité.
Au moment où les Etats-Unis réévaluent le niveau de leur présence en Europe, « c’est précisément l’opportunité pour la France et pour les Européens d’y développer leur vision, développer leur capacité, bref, d’européaniser l’OTAN », a ainsi jugé le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot.