Dans un entretien accordé au quotidien Le Temps, Marie-Laure Salles, directrice de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, évoque l’afflux d’étudiants étrangers fuyant le climat politique américain. La sociologue décrit un basculement dont les campus européens recueillent déjà les effets.

Pour elle “ce que nous observons, c’est la fin progressive d’un empire. C’est un processus long et douloureux qui n’a pas commencé avec Trump. Il n’en est pas la cause mais l’incarnation – ou l’expression de dynamiques structurelles plus profondes.”

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Ce climat politique a des conséquences directes sur la mobilité des étudiants. À l’IHEID, déclare Marie-Laure Salles, “nous avons enregistré l’an dernier une hausse globale de 40 %, dont une augmentation de 80 % des candidats américains”. En cause, explique-t-elle, les restrictions concernant les visas et le sentiment d’un espace académique restreint :

“De nombreux étudiants et professeurs américains estiment ne plus pouvoir étudier, enseigner ou discuter librement de questions telles que le climat, le genre ou la géopolitique, et voient l’Europe et Genève comme une alternative.”

L’attaque contre l’enseignement supérieur est, selon elle, “un cas d’école de destruction du soft power”. Elle rappelle que “pour [sa] génération les États-Unis étaient le graal pour les études. En à peine un an, ce système a été profondément endommagé, et il sera très difficile de revenir en arrière.” À cela s’ajoute la marchandisation des universités américaines, où “l’éducation a cessé d’être un bien public pour devenir un produit commercial, alimenté par un endettement massif des étudiants”.

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L’Europe, toutefois, n’est pas à l’abri, et Marie-Laure Salles se dit “très inquiète”. Si “l’impact [y] est moins violent et moins abrupt”, l’autocensure existe. À Genève, les organisations internationales offrent moins de stages et d’emplois, signe d’un changement plus large.