Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance
Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance
Épisode 1/3
Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance
L’épisode 3 sera disponible prochainement.
Épisode 1/3
Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance
L’épisode 3 sera disponible prochainement.
En Algérie, l’inlassable attente d’une relation apaisée avec la France : « Pour mes enfants, je veux qu’on se réconcilie et qu’on tourne la page »
Par Florence Beaugé (Alger, Batna, Constantine [Algérie], envoyée spéciale)Récit« Les mémoires blessées de la guerre d’indépendance » (2/3). Le traumatisme de l’indépendance demeure ancré en Algérie et même chez la diaspora française, du côté des combattants indépendantistes comme des appelés. Derrière l’attente d’une reconnaissance des crimes coloniaux et des excuses formelles, plus que de la « diplomatie transactionnelle ».
Loin de se combler, le fossé s’est creusé des deux côtés de la Méditerranée depuis le brusque réveil de mémoire sur la guerre d’Algérie, au début des années 2000. Les crises à répétition qui secouent Alger et Paris depuis 2024 alimentent rancœur et incompréhension en Algérie et ne laissent pas entrevoir de réconciliation durable. Florence Beaugé, journaliste qui a couvert l’Algérie pour Le Monde entre 2000 et 2010, est retournée dans le pays et nous décrit, dans une série en trois volets, l’étendue de cette incompréhension et de cette douleur.
« Les Algériens ne comprennent que le langage de la force ! » Ce paradigme fait tristement sourire en Algérie. On y voit une insulte et une vieille antienne. Déjà, en débarquant à Alger en 1830, dans le cadre de la guerre de conquête, le général Bertrand Clauzel tenait ces propos mot pour mot. En 2022, c’est au tour de Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, de déclarer : « Les Algériens ne comprennent que le rapport de force. » Nombre de responsables politiques français – et de journalistes – lui emboîtent le pas. Le plus virulent est l’ancien ministre de l’intérieur (2024-2025) et actuel président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, qui prône la « ligne forte » à l’égard d’Alger et affirme que « rien ne donne à l’Algérie le droit d’humilier la France ». De telles phrases stupéfient et consternent en Algérie. « Comment les Français peuvent-ils si mal nous connaître ? Il suffit de nous dire ça pour qu’on se bute et que tout dialogue devienne impossible », observe-t-on partout. Il suffit de cela pour ranimer les douleurs, surtout. En particulier lorsqu’elles remontent à l’enfance…
Tassadit Yacine a 6 ans quand elle assiste aux tortures infligées à son oncle par l’armée française, en Kabylie. On est en avril 1956. Deux mois plus tôt, son père a été torturé et exécuté par les forces coloniales. Pour celle qui deviendra anthropologue, longtemps directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, cette scène primitive a été si importante qu’elle a « structuré [sa] vie ». Sans l’avoir jamais pensé de façon consciente, « [son] travail porte sur les mécanismes de domination ».
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