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Géopolitique

« En Allemagne, l’AfD entend détruire la plus ambitieuse politique culturelle d’Europe. Le pire pour les artistes est que les électeurs sont séduits »

Comme souvent dans les partis d’extrême droite, la culture est d’abord définie par ce qu’elle ne doit plus être, constate, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

« En Allemagne, l’AfD entend détruire la plus ambitieuse politique culturelle d’Europe. Le pire pour les artistes est que les électeurs sont séduits »
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C’est le cœur bien accroché que nous avons épluché le programme culturel d’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce parti d’extrême droite, que certains qualifient de néonazi, a écrasé la concurrence, le 6 septembre, lors des élections régionales en Saxe-Anhalt (43,8 % des suffrages). Deux nouveaux scrutins (Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et la ville-Land de Berlin), le 20 septembre, diront si ce mouvement s’approche un peu plus du pouvoir. Mais il a quasiment doublé son score en cinq ans, ce qui est inédit depuis la mort d’Adolf Hitler. Et quand l’AfD parle de création, d’art, de théâtre ou d’architecture, on a une impression de déjà-vu, mais surtout que le refrain résonne hors de ses frontières.

L’enjeu est d’autant plus crucial que l’Allemagne mène la politique culturelle la plus ambitieuse d’Europe. Le pays consacre grosso modo 15 milliards d’euros d’argent public aux arts. Le secteur musical, qui s’appuie sur un solide apprentissage à l’école et des salles de concert, orchestres ou opéras en veux-tu en voilà, fait l’admiration du monde entier. Ses musées et ses théâtres sont prestigieux. La France est le seul pays à rivaliser à partir d’un modèle centralisé. Outre-Rhin, en revanche, les seize Länder et les villes tiennent le pouvoir dans la culture et l’éducation, offrant un maillage du territoire épatant.

C’est cette magnifique horlogerie que l’AfD veut faire exploser, estimant que la culture distille du venin à un pays malade. Les Allemands cultiveraient la haine de soi, seraient victimes d’un trouble identitaire, en partie parce que les théâtres ou les universités seraient phagocytés par une élite prônant des formes apatrides.

Le remède ? Il diffère d’un Land à l’autre, mais la ligne est claire : penser allemand, bannir les œuvres anti-allemandes. Et comme souvent dans les partis d’extrême droite, la culture est d’abord définie par ce qu’elle ne doit plus être. Pour bénéficier de l’argent public, un créateur doit arrêter de dénigrer le pays et ses traditions, de ressasser la période nazie, de parler avec empathie des immigrés, des personnes LGBTQ+ ou du « lobby trans ». L’artiste doit être loyal et mettre en valeur les « aspects positifs de l’histoire allemande ».

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