En seulement deux ans et demi, l’Équateur a passé 846 jours en état d’urgence, soit presque autant que la durée du mandat de Daniel Noboa. Durant cette période, le président a restreint pendant 272 jours la libre circulation des personnes, il a instauré 7 couvre-feux, la mesure phare du gouvernement en matière de lutte contre la violence. Pour les autorités, le succès se compte en nombre de personnes arrêtées : sur les quinze jours de couvre-feu en mars dernier, 1 283 personnes ont été appréhendées pour ne pas avoir respecté les horaires, tandis que le nombre d’homicides pendant la nuit a baissé de près de 30 %.

Même si les autorités l’ont annoncé à l’avance, la nouvelle du dernier couvre-feu [en vigueur du 3 au 18 mai] a encore pris de court certains habitants, obligés de bousculer à nouveau leurs habitudes. Comme Vanesa Cervantes.

Une nouvelle normalité

Vanesa Cervantes vit dans un des quartiers les plus dangereux de Guayaquil, sur les rives de l’Estero Salado. À certaines périodes, on se croirait en zone de guerre. Des coups de feu éclatent à toute heure, les vols sont monnaie courante et les habitants sont constamment sur leurs gardes. La philosophie de Vanesa est simple : ne rien voir, ne rien entendre et ne parler à personne. C’est l’angoisse permanente. Le couvre-feu ne r