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En Ukraine, dans le village martyr d’Andriïvka, antre du « boucher de Boutcha »
Par Ariane Chemin (Andriïvka (Ukraine), envoyée spéciale)EnquêteCe sont les hommes du colonel Azatbek Omourbekov, sacré « héros de la Russie », qui, en mars 2022, ont perpétré les massacres d’Ukrainiens dans la région de Kiev. « Le Monde » a retrouvé la trace de ce jeune colonel dans l’école d’un village ukrainien proche de la capitale, Andriïvka, d’où il donnait ses ordres.
A Andriïvka, les cigognes viennent d’abandonner leurs nids, les saules pleureurs commencent à jaunir. Les enfants qui jouaient cet été dans les arrière-cours de leurs grands-parents ou sur les rives de la rivière Zdvyzh ont repris le chemin de l’école, au bord de la nationale qui fend le petit village ukrainien en direction de Kiev, 60 kilomètres plus au sud et à l’est. Au sous-sol, qui sert aussi d’abri, les cours d’informatique ont repris. Bientôt s’y tiendront aussi de nouvelles kermesses, dont la vente des gâteaux finance l’armée ukrainienne.
La rentrée scolaire d’Andriïvka, 1 200 habitants avant 2022, 600 aujourd’hui, se fait à effectifs réduits. « Trois enfants seulement sont nés dans le village depuis l’invasion russe et il n’y aura cette année que trois petits nouveaux… », explique le directeur de l’école, Leonid Khomenko, rappelé à la rescousse à la fin de 2022, alors qu’il était déjà retraité. Dans le hall, un tableau pédagogique présente aux 6-15 ans des reproductions de mines antipersonnel (à pression, à fragmentation), de divers types de grenades ou d’une roquette antichar, à la manière de planches botaniques. Il a fallu se retrousser les manches à Andriïvka depuis 2022 : beaucoup d’habitants sont restés vivre à l’étranger et, aujourd’hui, il faut vivre sous un ciel traversé par des drones qui longent la Biélorussie, à 130 kilomètres au nord. Là d’où le malheur est déjà arrivé, il y a quatre ans.
Un mois durant, entre le 27 février et le 30 mars 2022, Andriïvka a été occupée. Le 26, deux jours après que Vladimir Poutine a lancé son « opération militaire spéciale » pour « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine, une longue colonne de blindés russes traverse le village : ce sont les troupes massées depuis un mois dans le sud de la Biélorussie pour une série d’« exercices ». Elles viennent renforcer les parachutistes russes déployés par hélicoptères à l’aéroport de la capitale ukrainienne, et sont censées décapiter le pouvoir de Kiev en trois jours. Mais la piste d’atterrissage est détruite et le débarquement des troupes et du matériel russes empêché. Le 27 février, les habitants d’Andriïvka comprennent que, cette fois, les chars s’arrêtent chez eux. Des soldats russes prennent position, camouflent les blindés entre les maisons, stockent des dépôts d’armement et se mettent à inspecter les habitations à la recherche d’abris sûrs pour le commandement.
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