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Deuxième constructeur automobile de l’Union européenne et neuvième au niveau mondial, l’Espagne fait de l’automobile un pilier de son économie : 10 % du PIB, 18 % des exportations, près de 2 millions d’emplois directs et indirects.
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Depuis 2020, Madrid déploie une stratégie particulièrement volontariste — plus de 5 milliards d’euros de subventions publiques mobilisés via le PERTE VEC — pour faire du pays l’un des grands pôles européens de l’électromobilité, notamment via quatre gigafactories.
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L’intégration croissante des firmes chinoises (Chery, CATL, Leapmotor, Hithium, XCharge) marque une approche pragmatique à rebours de la ligne défensive de Bruxelles : pour l’Espagne, Pékin est désormais un partenaire de la transition.
D’atelier de l’Europe à puissance de l’électromobilité
Pilier historique de l’industrie de la voiture sur le Vieux Continent, l’Espagne a engagé ces dernières années une profonde mutation destinée à consolider et à renouveler son rôle dans le domaine. Deuxième constructeur automobile de l’Union européenne (derrière l’Allemagne) et neuvième au niveau mondial, notre voisin ibérique cherche désormais à devenir un des principaux pôles de l’électromobilité dans la région.
Il faut dire que, pour cette nation, le jeu en vaut largement la chandelle. Une telle branche économique représente en effet près de 10 % du produit intérieur brut espagnol si on inclut les activités connexes, 18 % de ses exportations et quasiment 2 millions d’emplois directs et indirects. Chaque année, en moyenne, 2,38 millions de véhicules sortent des chaînes d’assemblage espagnoles et 89 % d’entre eux sont exportés. Le reste de l’Europe absorbe à lui seul 93 % de ces ventes à l’étranger.
Une semblable puissance industrielle s’est construite au fil des décennies grâce à l’implantation de grands constructeurs internationaux attirés par les conditions de production locales. Citroën s’est installé à Vigo dès 1958 tandis que la marque espagnole SEAT a progressivement intégré l’orbite du groupe Volkswagen. Aujourd’hui, l’Espagne dispose d’un réseau de 18 usines d’assemblage exploitées par neuf groupes multinationaux ainsi que d’un dense tissu de sous-traitants réunis au sein de l’association SERNAUTO.
Notons qu’avec plus de 1 000 équipementiers regroupés dans quelque 720 conglomérats, les pièces détachées et composants en tout genre fournissent environ 75 % de la valeur ajoutée de l’automobile outre-Pyrénées. Les usines espagnoles comptent de plus parmi les plus automatisées d’Europe, avec environ 1 000 robots pour 10 000 salariés.
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Une révolution soutenue par l’État
La conversion de cette machine industrielle vers les véhicules hybrides et électriques ne s’est pas faite spontanément. En effet, depuis 2020, Madrid a mis en œuvre une stratégie particulièrement volontariste visant à préparer l’après-thermique.
Une telle politique repose sur plusieurs piliers. En premier lieu, la loi sur le changement climatique adoptée en 2021 a fixé les objectifs nationaux de décarbonation. De son côté, le projet stratégique pour la relance et la transformation économique dans le domaine des véhicules électriques et connectés (PERTE VEC), financé en partie par des fonds européens, a mobilisé des moyens considérables.
« Plus de 5 milliards d’euros de subventions publiques ont été mis en œuvre dans les différentes phases du programme afin de stimuler jusqu’à 24 milliards d’euros d’investissements privés. »
L’objectif est clair : restructurer l’ensemble de la chaîne de valeur automobile, depuis les batteries jusqu’aux lignes d’assemblage. Cette opération a permis à l’Espagne de se positionner comme un des principaux bénéficiaires de la réorganisation de l’industrie induite par la transition énergétique européenne. Là où certains pays cherchent surtout à protéger l’existant, Madrid mise plutôt sur l’attraction massive de nouveaux acteurs intéressés.
La bataille des batteries se joue en Espagne
La véritable clef de l’industrie automobile du XXIe siècle réside dans la maîtrise des batteries. Conscient de cet enjeu, le gouvernement espagnol a favorisé l’implantation de plusieurs gigafactories destinées à sécuriser l’approvisionnement du pays et à réduire sa dépendance extérieure.
Le projet le plus emblématique en la matière est celui de PowerCo, filiale de Volkswagen, à Sagonte, commune située dans la Communauté de Valence. L’investissement y dépasse 3 milliards d’euros et vise une capacité initiale de 40 GWh, extensible à 60 GWh. À Saragosse, Stellantis et le géant chinois CATL ont pour leur part lancé une coentreprise représentant 4,1 milliards d’euros d’investissement. L’infrastructure ainsi bâtie doit atteindre jusqu’à 50 GWh de capacité annuelle. D’autres projets complètent ce dispositif : Envision AESC développe une usine de 30 GWh en Estrémadure pendant que le fabricant chinois Hithium a annoncé des dépenses de 400 millions d’euros en Navarre.
À l’horizon 2027, l’ensemble de ces installations pourrait permettre à l’Espagne de dépasser 120 GWh de capacité annuelle de production de batteries, faisant de cette nation un des principaux centres européens du secteur.
Pékin, partenaire inattendu de la transition espagnole
Un des aspects les plus remarquables de cette métamorphose est le rôle croissant joué outre-Pyrénées par les firmes chinoises. Alors que Bruxelles a instauré des droits de douane compensatoires sur les véhicules électriques venus de Chine, Madrid a adopté une approche beaucoup plus pragmatique.
« Le gouvernement de Pedro Sánchez considère que l’intégration des groupes du géant asiatique dans l’écosystème industriel espagnol constitue une chance plutôt qu’une menace. »
Cette orientation est visible dans de nombreux projets. À titre d’exemple, Chery a choisi Barcelone comme première base européenne en s’associant à la marque espagnole historique Ebro pour relancer l’ancienne usine Nissan de la zone franche. Le but affiché est d’atteindre 150 000 véhicules produits par an d’ici 2029.
Comme nous le disions plus haut, CATL participe par ailleurs à la future gigafactory de Saragosse là où Leapmotor produira certains modèles dans les usines espagnoles de Stellantis. XCharge a inauguré à Valence un site d’assemblage de chargeurs rapides et de systèmes de stockage énergétique. Enfin, Hithium s’implante en Navarre.
Or, cette dynamique s’inscrit dans un contexte diplomatique spécifique. Depuis 2022, Pedro Sánchez a multiplié les déplacements en Chine et son voyage d’avril 2026 s’est conclu par la signature de quinze accords de coopération bilatérale supplémentaires.
Pour les industriels chinois, l’Espagne offre dans le même temps une porte d’entrée idéale vers le marché européen : produire localement permet de contourner les barrières douanières tout en bénéficiant du label Made in Europe.
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Le réveil du marché intérieur
Pour l’Espagne, l’autre défi de taille consiste à convaincre les consommateurs d’adopter massivement ces nouvelles technologies.
De fait, les résultats récents dans le domaine sont encourageants. En 2025, les véhicules rechargeables ont atteint environ 243 000 immatriculations, soit près de 19 % des ventes de voitures neuves. Quant aux véhicules pleinement électriques, ils ont progressé de plus de 75 % en un an pour atteindre approximativement 114 000 unités, ce qui constitue 8,4 % du marché. Enfin, les hybrides ont dépassé 131 000 immatriculations.
La dynamique s’est poursuivie en 2026. Au mois d’avril dernier, par exemple, les motorisations électrifiées comptaient déjà pour plus de 21 % du marché mensuel. En mai, elles ont même atteint 28 302 immatriculations et une part de 21,4 %.
Ajoutons qu’une semblable progression est alimentée par de nouvelles aides publiques. Le programme gouvernemental Auto+ permet désormais d’obtenir jusqu’à 4 500 euros de réduction pour un véhicule électrique et jusqu’à 2 500 euros pour une voiture hybride rechargeable directement chez le concessionnaire, sans attendre de remboursement par le fisc.
Il faut aussi reconnaître que la hausse durable des prix du pétrole liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient a renforcé l’attractivité des motorisations électrifiées.
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Les atouts ibériques face à la concurrence européenne
Si l’Espagne attire autant d’investissements, c’est qu’elle cumule plusieurs avantages stratégiques. Le premier d’entre eux est énergétique puisque les sources renouvelables expliquent dorénavant 56 % de la production électrique nationale. Cette abondance d’électricité « verte » permet aux industriels de réduire leurs coûts et leur empreinte carbone.
Le second est foncier. Contrairement à certaines régions industrielles d’Europe occidentale où les terrains disponibles se raréfient, l’Espagne dispose encore de vastes espaces aménageables à proximité des grands axes.
En dernier lieu, la nation bénéficie d’une longue tradition industrielle. La présence d’un réseau dense de fournisseurs spécialisés réduit ainsi les coûts logistiques et facilite l’intégration de nouvelles chaînes de production.
Une ambition européenne désormais crédible
L’Espagne ne se contente donc plus d’assembler des véhicules conçus ailleurs : le pays cherche à devenir un acteur central de la nouvelle chaîne de valeur automobile européenne. Cette volonté se traduit également dans l’innovation. La société Basquevolt a récemment présenté une cellule de batterie à électrolyte solide affichant une densité énergétique de 402 Wh/kg. Développée avec le soutien d’acteurs tels qu’Iberdrola, CIE Automotive et Ampere (filiale électrique de Renault), cette technologie pourrait réduire d’environ 30 % les investissements nécessaires à la construction d’une gigafactory ainsi que la consommation énergétique liée à la production.
Certes, l’Espagne demeure confrontée à plusieurs défis. Le parc automobile y reste effectivement un des plus vieillissants d’Europe, avec un âge moyen supérieur à treize ans, et les véhicules électrifiés représentent encore moins de 3 % du parc roulant total. Le déploiement des infrastructures de recharge continue également de souffrir de lourdeurs administratives malgré près de 50 000 points publics installés fin 2025.
« Dans un contexte où l’industrie automobile européenne cherche un nouveau modèle de croissance face à la concurrence chinoise, Madrid entend bien jouer un rôle de premier plan dans la définition de ce nouvel équilibre. »
Néanmoins, la trajectoire est désormais claire. Grâce à une combinaison rare de capacités industrielles, d’investissements étrangers, d’énergie renouvelable et de soutien public, notre voisin pyrénéen apparaît aujourd’hui comme un des pays les mieux placés pour profiter de la révolution mondiale de l’électromobilité.
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