Plus de sept ans après le mouvement du Hirak, qui a réussi à évincer le président octogénaire Abdelaziz Bouteflika, la “nouvelle Algérie” promise par son successeur Abdelmadjid Tebboune paraît toujours plus autoritaire et répressive. Dans un contexte politique verrouillé, les élections législatives de juillet ont connu un taux d’abstention historique (79 %), et “il n’y a pas une semaine sans qu’un activiste ou plusieurs ne soient embastillés”, s’alarmait, le lundi 27 juillet, Le Matin d’Algérie, un site d’information d’opposition.
Dans la wilaya (préfecture) de Béjaïa, en Kabylie, “l’un des principaux foyers de contestation politique depuis le Hirak”, plusieurs organisations de défense des droits humains ont fait état d’arrestations de militants lors du week-end des 25 et 26 juillet. Ces ONG “dénoncent un durcissement de la répression contre les voix critiques, alors que les autorités continuent d’affirmer agir dans le strict respect de la loi”, écrit le journal.
“Un pays maintenu dans le noir”
On estime aujourd’hui à plus de 200 le nombre de prisonniers d’opinion, qui sont incarcérés dans des conditions souvent dénoncées. Détenu depuis avril à la prison d’El-Bayadh, le journaliste Hassan Bouras a lancé l’alerte, par la voix de son avocat, sur la dégradation de son état de santé, et des voix s’élèvent pour demander sa libération, jugeant sa détention “arbitraire”. La situation du journaliste Abdelali Mezghiche, en détention provisoire depuis février à la prison de Koléa, est similaire, rappelle Le Matin d’Algérie, qui note que cela n’empêche nullement les chefs de gouvernement étrangers d’accourir à Alger, attirés par les ressources en gaz du pays.
Lui aussi très critique, le site d’information Twala décrit quant à lui l’Algérie comme “un pays maintenu dans le noir”. Dans son analyse, le journaliste Lyas Hallas déplore que “l’État concentre l’information, vide les institutions de leur sens” et décide d’ignorer l’énorme taux d’abstention des dernières élections législatives. Il dénonce par ailleurs un “désert médiatique” qui ne permet aucun débat sérieux sur des questions essentielles : si les médias nationaux sont très prolixes quand il s’agit de lointaines questions géopolitiques, ils montrent beaucoup de retenue lorsqu’il s’agit “d’enquêter sur un marché communal, un permis de construire, une attribution foncière ou un réseau d’intérêts” – autant de sujets beaucoup plus risqués à aborder.
Le régime algérien semble plus que jamais miser sur “la lassitude, la normalisation autoritaire mais aussi la peur”, estime dans un éditorial Le Matin d’Algérie. Et il a “déjà remporté sa victoire la plus profonde : celle d’avoir transformé la liberté en anomalie”.
Portée par la crise, l’Algérie développe une “diplomatie énergétique” en Afrique
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !