Alexandre Loukachenko prit une légère inspiration puis, d’une voix ferme et menaçante, jeta ses foudres à l’adresse des fonctionnaires agricoles qui se montreraient peu productifs ou, pire encore, fainéants. « Si vous ne savez pas travailler, rejoignez l’armée ! », gronde le président biélorusse, ce 21 juillet, prenant à témoin ses ministres, ainsi que les présidents des comités exécutifs régionaux réunis en visioconférence pour s’assurer que les récoltes progressent au rythme espéré. Le satrape, agissant comme si l’ère soviétique et le stakhanovisme n’étaient pas révolus depuis des décennies, désigne le sud du pays, vers la frontière ukrainienne, où le ministre de la défense sera chargé d’envoyer les travailleurs négligents. Le long des quelque 1 000 kilomètres qui séparent la Biélorussie de l’Ukraine, l’armée a besoin d’hommes, signale l’autocrate. Pour faire la guerre ?
Pas dans l’immédiat, tempère Alexandre Loukachenko. Mais l’Europe, comme Kiev, redoute que, tôt ou tard, celui que l’on surnomme « Batka » (« petit père »), qui règne sur son pays depuis plus de trente-deux ans, ne prenne une part plus active dans le conflit lancé par Moscou et s’interroge sur la façon de l’en dissuader. Faut-il le menacer ? L’amadouer ? Un intense travail diplomatique se noue dans l’ombre pour éviter le scénario du pire : une extension du conflit où la Biélorussie deviendrait cobelligérante.
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