Israël a mené mardi 18 août des frappes aériennes contre une base aérienne militaire désaffectée dans le nord-ouest de la Syrie, ce qui a incité les États-Unis à dénoncer “une menace pour la stabilité régionale”, écrit le New York Times qui voit là une nouvelle “manifestation de la frustration américaine” à l’égard de son allié israélien.
Les huit frappes israéliennes ont touché la base aérienne d’Abu Al-Duhur à Idlib, une ville située à environ 65 kilomètres de la frontière turque, sans faire de victimes, selon les médias d’État syriens. Elle était hors service depuis 2013, “son contrôle ayant changé à plusieurs reprises au cours des quatorze années de guerre civile”, précise le quotidien new-yorkais.
L’envoyé spécial américain pour la Syrie et l’Irak, Tom Barrack, a déclaré dans un communiqué sur les réseaux sociaux que les actions d’Israël “constituent une escalade inutile”, rapporte CBS News. Il a défendu le gouvernement Ahmed El-Charaa qui “n’a adopté ni une attitude prédatrice ni entretenu de forces supplétives”, et qui “en réalité, a manifesté à plusieurs reprises sa préférence pour une désescalade avec Israël.”
Message à la Turquie
Pourquoi, alors, bombarder cette base aérienne ? Pour Kheder Khaddour, chercheur au Centre Malcolm H. Kerr Carnegie pour le Moyen-Orient, interrogé par Al-Jazeera, cela “signifie que l’armée israélienne ne veut pas que la nouvelle Syrie dispose d’une quelconque force aérienne dans les années à venir”.
Mais il s’agirait surtout d’un “message adressé à la Turquie”, principal allié du nouveau gouvernement syrien et avec qui le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, entretient des relations exécrables. Il tend régulièrement à “exagérer la menace” représentée par Ankara, tandis que son opposant Naftali Bennett, candidat aux élections législatives d’octobre contre Nétanyahou, qualifie pour sa part la Turquie de “nouvel Iran”, souligne le média qatari.
Navvar Saban, chercheur en sécurité et affaires militaires au Centre arabe d’études syriennes contemporaines, également interrogé par Al-Jazeera, abonde : “Israël semble fixer une ligne rouge concernant une éventuelle reconstruction des infrastructures militaires syriennes, notamment là où l’aide turque pourrait améliorer les capacités aériennes.”
Coopération nucléaire
Pendant ce temps-là, “la Syrie franchit une étape majeure pour faire la lumière sur son ancien programme nucléaire”, titre le Wall Street Journal. Mardi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a en effet dirigé une mission pour contrôler la présence d’uranium sur un site de stockage révélé par Damas le mois dernier.
Dans une déclaration commune avec Asaad Al-Shaibani, le ministre des Affaires étrangères syrien, Rafael Grossi a déclaré que cette coopération revêtait une “importance énorme”. “Il s’agit de plusieurs tonnes de matières nucléaires qui pourraient être utilisées à mauvais escient”, s’est réjoui le fonctionnaire onusien, confirmant que ces matières seraient “placées sous le contrôle” de l’agence qu’il dirige, en Syrie.
Selon Axios, c’est la première fois que l’AIEA obtenait un “accès complet à des sites nucléaires syriens jugés suspects” — une avancée rendue possible par l’accord signé avec le nouveau gouvernement après la chute d’El-Assad. Le média en ligne américain rappelle que le régime déchu avait mené un programme nucléaire clandestin autour du réacteur d’Al-Kibar, largement “anéanti” par le bombardement israélien de 2007, mais dont “certains sites de recherche et de stockage subsistaient”.
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