“J’étais un petit garçon agité, toujours prêt à rendre la tâche impossible à mes enseignants, généralement peu motivé à participer avec le reste de la classe, raconte Jeroen Pen. Mais aussi un enfant qui a été très vite mordu de lecture, et qui était perçu comme intelligent, voire surdoué.”

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Au moment de son entrée au collège, on diagnostique au futur journaliste un trouble déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et on lui prescrit du méthylphénidate, plus connu sous son nom commercial de “Ritaline”. La suite, il la raconte dans un livre et, plus brièvement, dans un article qui fait la couverture de l’hebdomadaire néerlandais Volkskrant Magazine.

Prestation olympique

“Si mes prestations scolaires ne se sont pas améliorées, écrit-il, je posais moins problème aux autres, il est devenu moins compliqué de donner cours à une classe dont je faisais partie. Au départ, j’ai trouvé le médicament agréable, puis il a cessé d’avoir un effet. À partir de là, j’ai glissé dans une lente dépression chimique.”

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À la suite d’une série d’incartades, il se voit attribuer une peine d’intérêt général, qui lui paraît insurmontable. Alors, “dans un élan soudain, j’avale non pas quelques comprimés, mais la boîte entière”. Le résultat est immédiat :

“Moi qui n’étais pas capable de ranger correctement ma chambre d’adolescent, encore moins de la nettoyer, j’ai fourni une prestation olympique.”

À la fin de la journée, le bâtiment qu’il est chargé de nettoyer est “étincelant”. C’est le début d’une grave addiction, qui le conduira à ruser de toutes les façons possibles pour se faire prescrire des doses supplémentaires de Ritaline.

Les enfants redeviennent aimables

Plus tard, une connaissance lui recommande une autre molécule, la dextroamphétamine. Jeroen Pen s’en fait prescrire par un psychiatre. Les deux premières années sont “fantastiques”. Il est efficace, concentré, enchaîne les promotions au travail. Mais progressivement, il développe une nouvelle addiction. “Au début, je fonctionnais mieux sous dextroamphétamine. Puis, je ne fonctionnais que sous dextroamphétamine. À la fin, je ne fonctionnais plus du tout, avec ou sans.”

Depuis, le journaliste est parvenu à un mode de vie stable. Il travaille et élève ses deux enfants sans l’aide de stimulants. Sans jeter la pierre aux soignants qui lui ont prescrit ces traitements, ni faire de son cas une généralité, il plaide désormais pour une approche plus précautionneuse du traitement du TDAH et de la tendance à y répondre par la médication. S’“il est évident que beaucoup de gens en tirent un bénéfice”, des études indiquent que, “parfois, les prestations scolaires ne progressent pas, ou que les effets positifs baissent, voire disparaissent au bout d’un an ou deux”.

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“Entre 2006 et 2023, quatre fois plus de personnes se sont vu prescrire des médicaments contre le TDAH [aux Pays-Bas], et la courbe continue de monter.” Dans la plupart des cas, il s’agit de méthylphénidate. Mais les données officielles indiquent que 24 000 mineurs se sont vu prescrire de la dextroamphétamine ou de la lisdexamphétamine l’an dernier. Ces dernières peuvent être prescrites en France, dans certains cas, à des enfants à partir de 6 ans.

Avec son allure d’ancienne affiche publicitaire, la couverture du Volkskrant Magazine rappelle les origines des amphétamines. Découvertes dans les années 1930 et parfois perçues comme un remède miracle, elles révèlent ensuite leurs dangers et sont classées parmi les drogues. Pour parer aux effets secondaires, on les remplacera par la Ritaline, “mise sur le marché avec un slogan éloquent”, remarque le journaliste : “Ritalin helps the problem child become lovable again.” “Avec la Ritaline, les enfants à problèmes redeviennent aimables.”