C’est déjà “un succès historique”, titre le quotidien de Lviv Vyssokiy Zamok. À l’issue d’un “derby ukrainien” en quarts de finale, son “duel intense” contre sa compatriote Elina Svitolina, Marta Kostyuk, 23 ans, “devient la première représentante de l’Ukraine dans l’histoire du tennis à accéder aux demi-finales du tournoi parisien du Grand Chelem”.
N’en déplaise aux autorités du tennis international, avec la guerre russo-ukrainienne, même la terre battue parisienne se transforme en arène géopolitique. Revenant sur la rencontre qu’elle a disputée contre Svitolina dans la conférence de presse qui a suivi, Kostyuk a ainsi tenu à “dédier ce match au peuple ukrainien et à sa résistance invincible”, rapporte le site spécialisé Tribuna. “En Ukraine, surtout à Kiev, chez nous, la nuit a encore été très difficile. Beaucoup de gens ont été tués”, a-t-elle déclaré en évoquant les frappes russes récentes sur la capitale.
Les Ukrainiennes présentes à Roland-Garros cette année, comme lors de chaque édition depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, se distinguent par leur prise de parole et leurs appels à soutenir leur pays, ce qui n’est pas toujours du goût des fédérations. En 2023, Svitolina avait par exemple refusé de serrer la main de la Biélorusse Aryna Sabalenka, ce qui lui avait valu d’être huée par le public. Cette année, une autre tenniswoman ukrainienne, Oleksandra Oliynykova, éliminée au troisième tour à Roland-Garros, a tenu à justifier ses prises de position ainsi que celles de ses compatriotes, dans une déclaration relayée par le site consacré au tennis BTU : “Je sais que certains désapprouvent mes actions, [qu’ils] préféreraient que je me taise. Mais ce que je fais n’a rien à voir avec la politique, c’est une question d’humanité.”
Le problème des sportifs “neutres”
Depuis 2022, les grands sportifs ukrainiens sont régulièrement amenés à disputer des épreuves contre des Russes ou des Biélorusses qui concourent en tant qu’athlètes “neutres”, comme la nᵒ 1 mondiale, la tenniswoman Aryna Sabalenka, ou encore Mirra Andreeva, signale la version ukrainienne de Deutsche Welle, qui insiste sur les guillemets autour du mot “neutre”.
Andreeva retrouve justement Kostyuk en demi-finales, ce 4 juin à 15 heures, et l’affaire s’annonce tendue. La Russe, citée par le site Sport.ua, a déjà annoncé la couleur. “Pour moi, l’identité de mon adversaire importe peu, a-t-elle déclaré. J’essaie de jouer en fonction de la balle qui arrive, et je me concentre sur le jeu et sur ma stratégie.” Une attitude effectivement aussi “neutre” que possible, qui ne manquera pas d’agacer dans le camp ukrainien. Comme le souligne encore Oleksandra Oliynikova :
“Quand des personnes sont tuées, quand des enfants sont tués, quand la violence est justifiée ou glorifiée, nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était.”
En attendant, les fans de Kostyuk, nᵒ 15 mondiale, se prennent à espérer qu’elle triomphe de son adversaire, nᵒ 8 mondiale. “Il y a un mois, assure Sport.ua, Marta a déjà battu Mirra Andreeva et, au total, en deux confrontations face à la joueuse ‘neutre’, elle compte deux victoires sans concéder un seul set.”
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