Le gouvernement australien a annoncé le 28 mai engager des poursuites contre l’entreprise 3M, géant américain de la chimie connu notamment pour ses colles. Il demande des dommages et intérêts à hauteur de 2 milliards de dollars australiens (1,23 milliard d’euros). Une action qualifiée de “sans précédent” par le quotidien The Age. C’est la plus importante action en justice jamais lancée par le gouvernement fédéral.
Ces poursuites visent à compenser la contamination de dizaines de lieux sur le territoire australien par des polluants éternels, ainsi que les frais engagés par le pays dans le cadre d’opérations de dépollution ou du versement d’indemnités aux personnes affectées.
En cause, les mousses anti-incendie fabriquées par 3M et utilisées par le ministère de la Défense australien sur 28 bases militaires du pays. Ces mousses contiennent des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS).
Accusation de dissimulation
En annonçant cette action, la ministre de la Justice australienne, Michelle Rowland, a, selon The Age, accusé le fabricant de produits chimiques d’avoir dissimulé les effets des PFAS :
“Nous estimons que 3M a caché une série d’informations et a donné une image trompeuse des effets de ces substances.”
The Age, qui enquête depuis une décennie sur les contaminations aux PFAS, rappelle que “près de 100 % des Australiens de plus de 12 ans ont désormais ces substances chimiques dans le sang. Des substances reconnues comme cancérigènes et qui resteront probablement dans notre sang et dans l’environnement pendant des décennies.” Utilisées dans de nombreux produits, notamment pour leur pouvoir antiadhésif, leur imperméabilité et leur résistance à la chaleur, elles ont contaminé des dizaines de milliers de foyers, les réserves d’eau et alimentaires, ainsi que de vastes étendues de terres.
Le gouvernement reproche à l’entreprise d’avoir “dissimulé des résultats de tests effectués par son propre laboratoire, qui montraient que l’utilisation de la mousse anti-incendie de 3M avait des effets néfastes sur l’environnement. Pourtant, l’entreprise affirmait que cette mousse pouvait être éliminée en toute sécurité, qu’elle était biodégradable et non toxique, et qu’elle n’avait pas d’effets néfastes significatifs sur l’environnement.”
En réponse à l’action du gouvernement australien, une porte-parole de l’entreprise a déclaré que celle-ci n’avait jamais fabriqué de PFAS en Australie et avait cessé de vendre les produits en cause en Australie il y a environ deux décennies, relate The Age. “Malgré cela, le ministère de la Défense a continué à utiliser des mousses anti-incendie contenant des PFAS pendant près de vingt ans”, a-t-elle ajouté.
Reconnaissance des victimes
Cette action en justice intervient après la conclusion, en 2024, d’un accord historique aux États-Unis, dans le cadre duquel 3M a accepté de verser jusqu’à 12,5 milliards de dollars américains (10,7 milliards d’euros) pour éliminer les polluants éternels de milliers de réseaux d’approvisionnement en eau dans le pays.
The Age a interrogé Lindsay Clout, un habitant de Fullerton Cove, en Nouvelle-Galles du Sud. Il est un des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme, ses terres et celles de ses voisins ayant été contaminées par les rejets de la mousse utilisée sur la base militaire voisine. Au terme d’une action collective en justice, les habitants ont obtenu gain de cause dans leur demande d’indemnisation.
Pour Lindsay Clout, la plainte du gouvernement australien contre 3M “a un goût doux-amer”. Ses voisins et lui vivent toujours avec des restrictions quant à l’usage de leurs terrains contaminés, onze ans après avoir appris la contamination.
“Longtemps, on nous a répété que ces produits chimiques n’avaient aucun effet sur la santé, que nous n’avions pas à nous inquiéter… Et maintenant, tout à coup : ‘Oui, nous avons un problème majeur, cela nous coûte beaucoup d’argent, et nous allons nous faire rembourser.’”
“C’est une reconnaissance, mais cela suscite un peu de colère chez ceux qui sont touchés.”
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