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Géopolitique

L’Europe a la volonté d’agir pour se protéger

A Bruxelles, mercredi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a relancé l’idée d’un « conseil de sécurité européen » afin de permettre à l’UE d’organiser une réponse collective face à ses adversaires, et de ne pas laisser les « démocraties sapées par les relais e

L’Europe a la volonté d’agir pour se protéger
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Au moment où l’Union européenne (UE) est jugée « plus forte », mais aussi « plus précaire que jamais », par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, celle-ci a opté pour un message de protection, mercredi 16 septembre, à Bruxelles. Son discours sur l’état de l’Union, où le mot « menaces » figure à 12 reprises, affiche une claire volonté d’agir face aux adversaires déclarés de l’Europe – la Russie et la Chine, fermement désignées comme tels. Les Etats-Unis de Donald Trump, eux, n’ont pas été cités, mais, en tournant le dos à leurs alliés du continent, ils les soudent avec efficacité, cette nouvelle donne ne faisant aucun doute parmi les Vingt-Sept.

L’Europe a repensé la sécurité de ses Etats membres depuis cinq ans et va accélérer ses projets de souveraineté (industriels, alimentaires, militaires), affirme la présidente de la Commission, pour qui la mobilisation vise à ne pas laisser les « démocraties sapées par les relais et les marionnettes des régimes autoritaires ».

Le moment, propice, a été saisi, pour relancer une idée avancée depuis dix ans, notamment par la France et l’Allemagne : la création d’un « conseil européen de sécurité » qui associerait le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège.

L’Europe possède déjà moult cercles de dialogue, ricanent ceux qui la jugent pusillanime, mais l’idée conforte la nécessité de nouveaux modèles pour favoriser la réponse collective aux crises. Inspirée de l’article 4 du traité de l’Atlantique nord, une consultation d’urgence pourrait en outre s’organiser, chaque fois qu’un membre juge sa propre intégrité territoriale ou son indépendance politique menacées.

Le Canada, membre « associé »

Le Canada, dont le premier ministre, Mark Carney, développe un intérêt pour l’Europe propre à contredire les cassandres, se voit proposer de devenir le « premier membre associé de l’UE ». Motif : le pays, agressé par son grand voisin américain, « voit le monde avec les mêmes yeux, de l’IA [l’intelligence artificielle] au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique ». De quoi couvrir le commerce, la régulation technologique, mais aussi la sécurité. Et d’envisager, s’il en existait un « premier », un « deuxième » membre associé, l’Ukraine.

Les signaux stratégiques portent. Moscou a immédiatement critiqué la volonté exprimée par la Finlande de rejoindre l’accord de dissuasion « avancée » proposé par la France. Pékin, de son côté, a protesté contre le projet d’interdiction des équipements chinois de réseaux de télécommunications que l’UE considère à juste raison comme à haut risque pour sa souveraineté. Et Donald Trump menace le Canada et l’Europe de nouvelles représailles. Au sein même de l’Europe, d’autres adversaires, sur la scène politique, rejettent cette volonté régalienne. En France, le Rassemblement national n’a pas manqué de dénoncer une UE qui prétendrait, selon lui, devenir une « fédération » ou un « empire ».

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Reste que les propositions demeurent imprécises, et loin de réunir le consensus des Etats européens. Dans tous les domaines, des limites évidentes s’opposent à l’« indépendance » évoquée par Mme von der Leyen. Sans compter qu’une telle visée, assise sur le marché et l’investissement, l’énergie et la défense, reposera sur du sable s’il lui manque l‘essentiel : la cohésion des sociétés. Fracturées par les difficultés sociales, ces dernières doutent du projet commun, cèdent aux populismes. Et sur ce terrain, pour l’Europe, le sursaut est tout aussi urgent.

Le Monde

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