Le symbole “Z”, devenu en Russie l’un des signes de ralliement à l’“opération militaire spéciale” – l’expression utilisée par le Kremlin pour désigner officiellement la guerre en Ukraine –, sert désormais aussi d’étiquette littéraire. “Sans grande diversité de genre”, observe le média indépendant en exil russe Verstka, on le retrouve sur des récits de soldats, des Mémoires de volontaires, des textes de correspondants de guerre, des livres sur les batailles de Bakhmout ou de Marioupol, des poèmes patriotiques, des romans fantastiques, des livres pour adolescents ou des ouvrages qui tentent de raconter la “préhistoire de l’invasion de l’Ukraine”. Mais cette littérature, que les autorités aimeraient voir s’installer dans les habitudes de lecture, peine encore à séduire au-delà d’un cercle convaincu.

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Cette production littéraire est pourtant encouragée. En juin 2026, le ministère de l’Éducation russe a intégré des textes sur les “héros de l’opération spéciale” aux lectures d’été obligatoires des élèves. Un an plus tôt, Vladimir Poutine avait déjà demandé d’inclure des auteurs contemporains dans une liste patriotique recommandée aux élèves. Comme ces livres sont “peu intéressants commercialement”, leur publication est parfois soutenue par des structures d’État, des fonds de subventions, des députés ou des représentants du parti de Vladimir Poutine, Russie unie.

Quantité sans public

Dans les chiffres, la production a explosé. Verstka a recensé 259 ouvrages publiés depuis 2022, contre seulement quatre la première année de la guerre. Le pic a été atteint en 2025, avec 108 titres, et 59 autres sont sortis en 2026. Mais les tirages restent modestes. La plupart ne dépassent pas 1 000 à 3 000 exemplaires, seuls 25 des 259 titres recensés dépassent les 5 000, soit 10 % du total.

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Une salariée d’Eksmo-AST, l’un des plus importants éditeurs russes, résume auprès de Verstka que ces quelque 250 ouvrages sont une “goutte d’eau” à l’échelle de la production du groupe, où la fantasy ou les traductions pèsent bien davantage. Si ces ouvrages “partaient comme des petits pains, tous les éditeurs s’en seraient emparés”, confirme de son côté Denis, écrivain publié dans le même holding. Or, tranche-t-il, “nous ne voyons pas la population se ruer sur ces textes”. Un ancien éditeur se souvient que les tirages à 1 500 exemplaires y étaient jugés “honteux”, et ceux à 2 000 ou 3 000 comme des “titres de remplissage”, soit “un livre ordinaire, tout ce qu’il y a de plus banal en rayon, pour diversifier l’offre”.

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La critique littéraire Galina Iouzefovitch voit dans cette production un “segment lentement croissant”, porté par des raisons politiques plus que littéraires, et avec un public “comparativement petit, mais assez actif et fidèle”. Selon elle, les lecteurs russes recherchent aujourd’hui davantage “l’évasion, le sens de l’intrigue et une forme de littérature plus classique”. La littérature Z, très liée à l’actualité, trop intime en ce qu’elle relève souvent du témoignage personnel, répond mal à cette attente. Elle intéresse les éditeurs parce qu’elle ne se vend “pas comme du feu, mais de manière stable”, résume-t-elle. Publier quelques titres estampillés “SVO” (le sigle de l’opération spéciale) permet de montrer patte blanche. “Nous menons un travail patriotique, laissez-nous tranquilles”, ironise la critique.