Avec 5 millions d’habitants, l’Alberta est la quatrième province la plus peuplée du Canada, mais son pouvoir économique, dû à d’immenses réserves d’or noir, l’ancre désormais au centre de l’échiquier politique du pays. Encore plus depuis l’annonce, la semaine dernière, de la tenue le 19 octobre d’un référendum sur son avenir politique.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, s’est exprimé sur le sujet le 25 mai, rapporte La Presse. Établissant un parallèle avec le Brexit, celui qui a dirigé la Banque d’Angleterre de 2013 à 2020 a déclaré que ce référendum, qui demandera aux Albertains si leur province doit amorcer ou non des procédures pour se séparer du Canada, pourrait avoir des conséquences néfastes.
“C’est un bluff très dangereux. J’ai vu de mes propres yeux ce qui s’est passé au Royaume-Uni lorsqu’on disait : ‘Votez pour ceci, ce sera une solution souple, et ensuite nous négocierons’, etc. Et au final, dix ans plus tard, ils essaient encore de défaire [des choses pour lesquelles les gens] ne pensaient pas avoir voté.”
Un enjeu pétrolier central
Le quotidien local Calgary Herald rapporte que 60 % des Albertains ont déclaré à un sondeur la semaine dernière qu’ils voteraient contre la séparation. Leur ministre de l’Environnement, Grant Hunter, soutient que même s’il y a “toujours eu un sentiment séparatiste” en Alberta, il n’est pas inquiet pour autant de voir ce référendum aboutir. Selon lui, il n’y a donc pas de risque que cela nuise aux exportations pétrolières de cette riche province de l’ouest du pays. Or l’enjeu est de taille : en plus du pipeline Trans Mountain, qui relie l’Alberta à la côte britanno-colombienne et qui a récemment “atteint sa pleine utilisation”, comme l’écrivait Radio Canada en avril, un nouveau projet de pipeline est actuellement à l’étude.
The Globe and Mail, lui, ne voit pas du tout la question du même œil : “Qui, en toute conscience, croit que [l’indépendance] faciliterait les exportations de pétrole de l’Alberta ?” En cas de sécession, argue l’influent quotidien, le gouvernement canadien aurait l’occasion − et toutes les raisons − d’accaparer la majeure partie des milliards de dollars de redevances qui en découleraient : “Un Canada post-Albexit [ainsi qu’est surnommée la possible indépendance de l’Alberta] aurait toutes les raisons de serrer la vis et d’augmenter les péages.”
Et de conclure : “Il n’existe qu’un seul scénario d’indépendance dans lequel l’Alberta ne se transforme pas en un actif enclavé et immobilisé : si la province devenait le 51e État [des États-Unis voisins].” Washington, en effet, ne cache pas son intérêt pour les ressources gazières et pétrolières du pays.
Le Financial Times a d’ailleurs révélé en janvier que des responsables américains avaient rencontré à plusieurs reprises des séparatistes albertains, qui sollicitaient le soutien politique et financier des États-Unis pour l’indépendance de leur province.
Quelles sont les motivations des séparatistes ? Le National Post, résolument conservateur, cite l’éditorialiste Derek Fildebrandt, qui décrit ainsi les aspirations de ses compatriotes albertains : “Ils ne haïssent pas le Canada. […] Ils haïssent ce que le Canada est devenu et où il va. Et ils ne veulent pas sombrer avec le navire.” Le journal évoque “une longue liste de griefs justifiés”, notamment des politiques carbone jugées hostiles et des obstacles à la construction de pipelines − qui sont un sujet de crispation majeur.
Le Groenland, plat de résistance d’un vaste appétit pour l’Arctique
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !