En Arménie, Contrat civil, le parti du premier ministre, Nikol Pachinian, a remporté les élections législatives du dimanche 7 juin. Sa victoire, quoique nette, est moins brillante que prévu. L’orientation proposée par M. Pachinian était la même que lors de sa précédente réélection, en 2021, après la lourde défaite militaire contre l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. Ce choix fondamental est celui de la paix, et le premier ministre parie sur le fait qu’accepter la défaite ouvrira à l’Arménie des horizons plus attractifs que la rumination d’une revanche et le repli dans le giron russe. In fine, 49,8 % des votants lui ont offert leurs voix.
Ce chemin est difficile : il faut être deux pour faire la paix. Cependant, la constance de M. Pachinian a incité l’Ouest, et la Turquie, à faire accepter par Bakou la reconnaissance des frontières, puis le projet, parrainé par Donald Trump, d’une route en Arménie qui reliera les deux parties de l’Azerbaïdjan. Cette politique a été servie par les circonstances internationales, source de multiples occasions. M. Pachinian a su les saisir, notamment en renforçant ses liens avec une France à la recherche d’autonomie stratégique pour l’Europe.
Sa personnalité a également joué un rôle dans la construction d’une diplomatie du faible au fort. Sa doctrine de l’« Arménie réelle » de 29 000 kilomètres carrés, comme sujet politique à substituer à l’Arménie historique, offre aux citoyens un objectif de souveraineté et la conviction que la vraie revanche, après une défaite humiliante, sera avant tout une revanche sur soi-même et une estime de soi retrouvée grâce à des succès politiques et économiques.
Diversification diplomatique
Cette rupture avec les valeurs et les références traditionnelles a suscité l’indignation ou la peur d’une partie de la population. La hiérarchie de l’Eglise arménienne a joué sur ces sentiments pour appeler au renvoi de M. Pachinian. Le vote du 7 juin montre que la honte du renoncement au Haut-Karabakh, agitée par l’Eglise et l’opposition, a moins joué que la fierté de voir se presser à Erevan les nouveaux amis du premier ministre : J. D. Vance [le vice-président des Etats-Unis], Marco Rubio [le secrétaire d’Etat américain], Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen [la présidente de la Commission européenne].
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