“J’ai été expulsé des États-Unis et envoyé en Afrique. J’ai été transféré ici en avion, avec 30 autres [migrants], tous latinos. […] Nous n’avons plus aucun papier d’identité.” À travers une vidéo pixélisée, du centre de détention de Bangui, en Centrafrique, Yasmani Moreno de Armas raconte quotidiennement son calvaire sur ses réseaux sociaux.

Selon El País, la vie de ce Cubain de 31 ans bascule le 11 mai 2025, lorsqu’il est arrêté aux abords de West Palm Beach, en Floride, par des agents de l’ICE, la police de l’immigration américaine. Après qu’il a passé plusieurs mois dans un centre de détention aux États-Unis, la décision est prise de le renvoyer du pays.

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“Je pensais qu’ils allaient m’emmener à Cuba. Je n’ai compris que j’étais en route pour l’Afrique qu’après plus de deux heures de vol”, confie-t-il aux journalistes d’El País. Le 1er août, son avion atterrit à l’aéroport de Bangui, la capitale de la République centrafricaine.

Prisons de haute sécurité

Comme lui, au moins 475 personnes ont été transférées de force par Washington dans des pays africains entre le 20 janvier 2025 et le 10 septembre 2026, selon les chiffres de Third Country Deportation Watch, un projet dirigé par l’ONG américaine Human Rights First. La plupart d’entre eux n’ont aucun lien avec l’Afrique. Il s’agit de ressortissants de pays latino-américains, souvent “considérés par les juges de l’immigration américains comme risquant d’être persécutés ou torturés s’ils étaient renvoyés dans leur pays d’origine”, précise El País dans un autre article. “On m’a séparé de ma famille, c’est très dur. Mon monde s’est écroulé”, a raconté au quotidien espagnol Brayan Omar Sánchez, un citoyen hondurien lui aussi expulsé des États-Unis vers Bangui.

Une fois qu’ils sont sur le continent africain, il est difficile de savoir ce qu’ils deviennent. Selon le quotidien madrilène, qui a réussi à s’entretenir avec une dizaine d’entre eux, “ils sont détenus dans des prisons de haute sécurité ou hébergés dans des hôtels sous la surveillance des autorités”. Tous sont également privés de leurs papiers d’identité, et se retrouvent coincés dans un piège juridique entre trois États, précise El País. Avec, d’un côté, “les États-Unis qui affirment ne plus être responsables une fois l’expulsion exécutée” et, de l’autre, des États africains qui peuvent leur refuser un statut migratoire ou une protection durable et, enfin, leur pays d’origine, où le droit international ne permet parfois pas leur retour si la situation politique est instable ou si leur sécurité y est menacée.