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« Le technosolutionnisme évince le débat démocratique et l’action politique »

Un collectif d’universitaires s’inquiète, dans une tribune au « Monde », de la mise au pas idéologique et de l’asphyxie budgétaire qui menacent le monde de la recherche scientifique aux Etats-Unis, mais aussi en Europe.

« Le technosolutionnisme évince le débat démocratique et l’action politique »
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Le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les tensions géopolitiques et le creusement des inégalités s’accompagnent d’une offensive virulente contre les sciences, la recherche et l’université. En témoigne la stratégie d’accélération brutale de la seconde administration Trump, qui combine asphyxie budgétaire, censure idéologique et démantèlement méthodique des agences d’expertise et de régulation. Si les effets de ce projet politique sont particulièrement spectaculaires outre-Atlantique, l’Europe n’est pas épargnée, et la France voit se multiplier des signaux tout aussi alarmants.

Cette poussée illibérale nourrit une défiance profonde à l’égard de l’université et des sciences. Erigé en trompe-l’œil face à l’urgence mondiale, un technosolutionnisme évince le débat démocratique et l’action politique. La puissance publique abdique son rôle dans la formation du plus grand nombre et sa fonction de garante des sciences comme bien commun, et s’enferme dans une dépendance structurelle toujours plus forte au privé.

Confisquée, la souveraineté est ensuite revendue comme service aux Etats et aux individus. En France, des coupes budgétaires draconiennes aux atteintes répétées à la liberté et aux franchises académiques, en passant par le dénigrement organisé de l’université, des pans entiers du monde politique semblent désormais assumer un projet de déséducation et l’abandon de toute ambition scientifique pour le pays.

Urgence absolue

Pour juguler cet effondrement, nous appelons à un sursaut et à une rupture. Notre système d’enseignement supérieur et de recherche reste prisonnier d’un modèle à bout de souffle. Nous devons le refonder autour d’un projet humaniste et démocratique inédit. Ce dernier doit s’ancrer dans les besoins de la société et les aspirations citoyennes à une vie libre, riche de sens, ainsi qu’à un travail de qualité, tout en consolidant les institutions indispensables à l’exercice d’une démocratie vivante et inventive. L’université ne saurait se réduire à un simple guichet dispensant des compétences utilitaristes et délivrant des diplômes.

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