Le rassemblement de Slavija se voulait une démonstration de force d’un mouvement qui, en l’espace d’un an et demi, s’est transformé de révolte étudiante en large front social contre la corruption, l’arbitraire politique et l’effondrement des institutions verrouillées par le Parti serbe du progrès, du président populiste Aleksandar Vucic”, explique le site Novosti.

En se concentrant sur la lutte contre la corruption, qui touche tout le monde, les étudiants ont réussi à rallier à leur cause les sympathisants de l’opposition et du pouvoir, les libéraux pro-occidentaux et les nationalistes, les urbains et les provinciaux, les jeunes et les vieux, souligne Vreme. “Une recette à la hongroise”, qui a assuré la victoire de Peter Magyar contre Victor Orban, rappelle l’hebdomadaire.

Tournant politique

Le scandale lié à la récente arrestation du chef de la police de Belgrade, Veselin Milicevic, impliqué dans la dissimulation de preuves dans une affaire de meurtre mafieux, a dévoilé la collusion entre les autorités et le crime organisé, rappelle Radar. “La Serbie ou la mafia” était d’ailleurs l’un des slogans du rassemblement de Slavija.

Les étudiants n’ont jamais renoncé à l’une de leurs principales exigences : la tenue d’élections législatives anticipées. Le président, Aleksandar Vucic, a d’abord opposé un refus catégorique, avant de souffler le chaud et le froid selon la conjoncture politique. Il a finalement annoncé, quelques jours avant la manifestation belgradoise, qu’un scrutin pourrait avoir lieu entre septembre et décembre.

Une colère qui ne retombe pas

La mort de 15 personnes dans l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024, a déclenché en Serbie une vaste vague de protestations contre la corruption, portée par les jeunes et les étudiants. À la fin de décembre, des étudiants de Belgrade et d’autres villes universitaires bloquent les universités. Le 27 janvier 2025, ils paralysent le principal échangeur routier de Belgrade. Quelques jours plus tard, des centaines d’entre eux parcourent à pied près de 80 kilomètres entre Belgrade et Novi Sad avant l’occupation des trois ponts de la ville, le 1er février. Le samedi 23 mai 2026, des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent encore à Belgrade pour réclamer des élections anticipées.

Quant aux étudiants, ils s’y préparent depuis des mois en se mobilisant sur le terrain et en peaufinant leurs listes électorales, encore secrètes. Ils n’y figureraient pas, mais seraient représentés par des experts et responsables hors partis les ayant soutenus. Parmi eux, le recteur de l’université de Belgrade, Vladan Djokic, s’est imposé comme figure de proue de la nouvelle opposition serbe structurée par le mouvement étudiant. Notamment depuis qu’il s’est déclaré prêt à entrer dans l’arène politique si les étudiants et les citoyens le lui demandaient, note Danas.

Lors de la manifestation du 23 mai, les étudiants ont élargi leur discours aux questions de justice, de santé, de droits des travailleurs, d’agriculture et de protection des ressources naturelles. “S’agit-il des contours d’un programme politique, ou [seulement] d’intentions qui restent à concrétiser ?” s’interroge Vreme.

Recherche d’alliés auprès de Pékin et Trump

Aleksandar Vucic, au pouvoir depuis quatorze ans, peine à endiguer cette vague étudiante. Pour tenter de reprendre la main, il a programmé une contre-manifestation de ses partisans en juin, sur cette même place Slavija. Et pour brouiller les pistes, il n’hésite pas à agiter la menace d’une démission.

Devant le “manque d’expérience des étudiants”, le chef d’État mise sur sa stature internationale. Alors que Belgrade grondait, Vucic s’affichait en visite officielle en Chine, reçu par Pékin quelques jours seulement après Donald Trump et Vladimir Poutine. “Vucic cherche un nouveau parrain en Chine et agite le chiffon rouge sous le nez de l’Europe”, ironise Nova.

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Parallèlement, le président serbe tente de s’attirer les faveurs de Donald Trump. Le 22 mai, il a signé une tribune sur le site de Fox News au titre explicite : “L’Europe vilipende Trump, mais en Serbie nous le considérons comme un ami.” Dans cet éloge vibrant, Vucic assure que la Serbie, “qui a longtemps nourri une profonde méfiance envers les États-Unis, voit désormais dans le président américain un artisan de la paix et une âme sœur”.