La vie nous offre parfois une deuxième occasion, dès lors qu’il s’agit de choses sans importance. Ainsi, la semaine dernière, je suis entré dans une boutique de vêtements et j’y ai trouvé mon tee-shirt préféré. Cela faisait trois ans que je l’avais jeté, après l’avoir gardé quinze ans auprès de moi. Et soudain, en voir un pareil, en meilleur état, m’est apparu comme un coup de chance à côté duquel je ne pouvais pas passer.

Non pas que je ne sache pas louper une belle occasion. Je le sais. Mais parfois, je me trompe et je réussis, alors je me suis empressé de mettre la main sur ce tee-shirt, que mon entourage a d’ailleurs toujours jugé assez laid et qui devient vite trop vieux pour ne pas être mis à la poubelle.

Occasion manquée ? Bof. Toutes les décisions ont une charge symbolique, et parfois cette charge, douloureuse, vous sauve par sa beauté. Il m’est arrivé il y a trois ans quelque chose d’analogue quand j’ai découvert dans une librairie d’occasion, à New York, un vieux catalogue d’exposition [du sculpteur américain] Richard Serra. L’objet m’a paru cher, et je me suis vu en train de le laisser pour une autre occasion, peut-être pour un exemplaire plus économique. Mais le soir même j’ai regretté de ne pas l’avoir pris et je me suis dit que parfois il fallait jeter l’argent par