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Géopolitique

Livre de la semaine, 17 juillet

Déchets et mondialisation, Général Pau, les chrétiens au XXe siècle, général Valin, carnets corses : aperçu des livres de la semaine. « La Guerre des déchets », le sale voyage de nos poubelles La Guerre des déchets, d’Alexander Clapp, Grasset, 504 pages, 25 euros. En jetant une barquet

Déchets et mondialisation, Général Pau, les chrétiens au XXe siècle, général Valin, carnets corses : aperçu des livres de la semaine. 

« La Guerre des déchets », le sale voyage de nos poubelles

La Guerre des déchets, d’Alexander Clapp, Grasset, 504 pages, 25 euros.

En jetant une barquette en plastique dans votre bac de recyclage, vous l’imaginez traitée en France. Elle a pourtant toutes les chances de traverser les océans : la France exporte un million de tonnes de déchets plastiques par an. C’est ce voyage clandestin que retrace le journaliste américain Alexander Clapp dans une enquête qui l’a conduit sur plusieurs continents.

Deux années durant, l’auteur a arpenté décharges, ports et bidonvilles pour répondre à une question lancinante : comment l’Occident est-il parvenu, depuis les années 1970, à faire accepter au Sud ses navires d’ordures, puis à le faire payer pour les recevoir ? Il révèle une face cachée de la mondialisation, où il est plus rentable d’expédier un plastique quasi impossible à recycler que de le traiter sur place. On croise le gigantesque marché électronique d’Agbogbloshie, au Ghana, où des « démanteleurs » dépècent nos vieux ordinateurs ; les chantiers turcs de démolition navale ; ou encore une barge de cendres toxiques errant d’un océan à l’autre.

Essai « volontairement manichéen » — il y a ceux qui jettent et ceux qui trinquent —, le livre nuance toutefois : ce commerce fait aussi vivre des villages. La seule issue, selon Clapp, tient en un mot : la sobriété. Consommer moins pour jeter moins. À travers l’histoire et le périple des déchets, c’est une facette de la mondialisation qui se présente devant nous.

Le général Pau, l’exemplarité contre l’ambition

Général Pau, de Rémy Porte, préface du général François Lecointre, Éditions Pierre de Taillac, 22,90 euros.

En 1870, à vingt-deux ans, le sous-lieutenant Paul Pau a la main droite fracassée à la bataille de Frœschwiller. Devant être amputé, il exige d’être opéré sans anesthésie, afin que le peu de produit disponible soit réservé aux blessés plus graves. Ce geste inaugural dit tout de l’homme : courage, humilité, souci des autres. C’est cette figure oubliée que le colonel et historien Rémy Porte, spécialiste reconnu de la Grande Guerre et biographe primé de Joffre, tire de l’ombre dans une biographie servie par des archives familiales inédites, éclairée notamment par l’influence de sa sœur aînée Edmée.

Un demi-siècle durant, Pau sert la France sans relâche, de la guerre de 1870 au commandement de l’armée d’Alsace en 1914, puis d’une mission auprès de l’état-major russe. « Glorieux blessé de 1870 », il devient un symbole de la Revanche, aussi populaire en son temps que Joffre ou Foch. Pourtant, il refuse les honneurs faciles : appelé au poste de généralissime, il décline, préférant, selon le sous-titre, « être exemplaire » plutôt que puissant. En 1918, il sert encore, à la tête de la Croix-Rouge française, pendant quatorze ans.

Loin de l’hagiographie, Remy Porte restitue un caractère — modeste, exigeant, d’une absolue probité — et interroge le rapport français au commandement. Une belle leçon de vertu militaire, à l’heure où l’on redécouvre le prix de l’exemplarité.

Le général Valin, l’inconnu qui donna des ailes à la France libre

Le général Valin. Chef des Forces aériennes françaises libres, de Jean-Charles Foucrier, Éditions Pierre de Taillac, 24,90 euros.

Aux côtés de Leclerc, de Lattre, Juin, Kœnig ou Muselier, la mémoire nationale a oublié un nom : celui de Martial Valin (1898-1980). C’est ce paradoxe que relève d’emblée Jean-Charles Foucrier : alors que les grands chefs de la France libre ont tous eu leur biographie, celui qui commanda les Forces aériennes françaises libres n’en avait, jusqu’ici, aucune. L’auteur, docteur en histoire et spécialiste de l’aviation militaire, comble ce vide grâce à cent trente cartons d’archives inédites du Service historique de la Défense.

Officier de cavalerie devenu aviateur, Valin est attaché de l’air au Brésil quand s’effondre la France, en 1940. Il est l’un des rares officiers supérieurs de l’Air à rallier de Gaulle. À la tête des FAFL à partir de 1941, il bâtit, à partir d’éléments épars, une véritable aviation de combat — les groupes « Alsace », « Île-de-France », « Lorraine » ou « Bretagne » —, offre à la France libre une vitrine internationale, puis œuvre après-guerre à la reconstruction de l’armée de l’Air.

Loin de l’hagiographie, Jean-Charles Foucrier restitue un homme secret, pudique jusqu’au silence, et une carrière traversée par la rivalité avec son frère Louis, qui a soutenu Vichy. Un récit dense, humain et stratégique, qui rend enfin justice à l’architecte discret de la puissance aérienne française renaissante.

« Les Grandes Fractures », les chrétiens dans la tourmente des années 1954-1968

Les Grandes Fractures. Les chrétiens face aux défis du siècle (1954-1968), de Jérôme Cordelier, Calmann-Lévy.

Après L’espérance est un risque à courir, consacré aux résistants chrétiens, et Après la nuit, sur la reconstruction d’après-guerre, Jérôme Cordelier signe le troisième volet d’une ample fresque : le rôle des chrétiens dans les grands bouleversements du XXe siècle. Ce tome embrasse une période charnière, de la guerre d’Algérie (1954) à Mai 68, en passant par le concile Vatican II et la déclaration Nostra Aetate.

Rédacteur en chef au Point, en charge des religions, l’auteur mène une enquête nourrie de témoignages, de portraits vivants et d’archives. Il montre des catholiques, protestants et orthodoxes portés aux avant-postes de l’Histoire, mais divisés : sur l’Algérie, où les uns défendent l’empire quand les autres soutiennent l’indépendance et dénoncent la torture ; sur la modernité et le Concile, qui fracture l’Église entre progressistes et conservateurs ; sur la décolonisation, l’essor consumériste ou l’antijudaïsme que l’Église condamne solennellement.

Loin de l’histoire figée, le récit s’ouvre sur une scène saisissante — Emmanuel Macron cheminant seul dans le cimetière chrétien d’Alger, en 2022 —, manière de rappeler combien ces fractures d’hier éclairent nos débats d’aujourd’hui. Une « grande histoire de passion entre terre et ciel », féconde autant que fratricide, où s’entrechoquent humanité et spiritualité.

« Carnets corses II », l’hiver comme chemin intérieur

Carnets corses, Tome II, du cardinal François Bustillo, Fayard, « Choses vues ».

Il est des livres qui racontent, et d’autres qui accompagnent. Ce deuxième volume des Carnets corses appartient à la seconde catégorie. Franciscain, évêque d’Ajaccio et cardinal depuis 2023, François Bustillo y poursuit sa traversée de l’île au fil des saisons. Après l’automne du premier tome, voici l’hiver — celui des routes ralenties et des villages resserrés sur eux-mêmes, mais aussi un hiver plus secret, qui dépouille et purifie.

Loin d’être un temps mort, cette saison devient une pédagogie. Sous la terre froide, rappelle l’auteur, la sève circule encore : ce qui semble immobile n’est qu’en attente. De cette loi de la nature, le cardinal Bustillo fait une clé de lecture spirituelle. Sa théologie ne se déploie pas dans l’abstraction des concepts, mais dans l’épaisseur de la vie : chaque rencontre — la dignité d’un malade, la fidélité d’un prêtre, la quête d’un jeune — devient un lieu de révélation. Manière profondément chrétienne, et franciscaine, de regarder le monde non en le surplombant, mais en y entrant, à l’image de l’Incarnation.

Rythmé par les mois qui montent vers le carême, nourri de ses missions de prédication jusqu’à Barcelone et en Normandie, le livre médite aussi la vocation du prêtre, « appelé à aimer », en des temps de « vaches maigres ». Une écriture sobre et lumineuse, qui invite le lecteur à ralentir pour entendre ce que le silence de l’hiver rend enfin audible.

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