Augmentation du budget de défense, autorisation d’exportations d’armes létales ou encore création d’un conseil gouvernemental consacré au renseignement… Confronté à la montée en puissance de Pékin et à un éventuel retrait américain de l’Indo-Pacifique, ces dernières années, le Japon met en place une série de mesures destinées à renforcer sa sécurité. Des initiatives que Pékin, à couteaux tirés avec son voisin nippon sur le dossier taïwanais, observe avec agacement.
Les autorités chinoises, elles, en viennent à reprocher à Tokyo de délaisser sa traditionnelle ligne pacifiste pour un “nouveau militarisme japonais”. Celui-ci “entraînera de nouveau le Japon dans les abîmes”, avertissait en janvier Renmin Ribao (“Quotidien du peuple”), porte-voix du Parti communiste chinois, en voyant dans le gouvernement Takaichi le spectre du pouvoir militaire nippon des années 1930 et 1940. Ainsi, lors du sommet en mai avec le président américain Donald Trump, Xi Jinping aurait fait part de ses inquiétudes sur la “remilitarisation” du Japon, rapportait alors Financial Times.
Certes, la Première ministre japonaise a toujours été critiquée pour sa vision de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Issue de l’aile droite du Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur) au pouvoir, elle a déjà affirmé plusieurs fois que le Japon avait lancé la guerre du Pacifique non pour envahir d’autres pays d’Asie mais pour “se défendre” face aux puissances coloniales occidentales, comme le rappelle le quotidien japonais Asahi Shimbun.
Une vraie menace pour la Chine
Or, depuis sa prise de fonctions, elle affiche de moins en moins ces idées. Elle s’efforce notamment à stabiliser les rapports entre le Japon et la Corée du Sud, l’autre pays très critique à l’égard du négationnisme nippon sur la guerre. Cela s’inscrit par ailleurs à la série d’initiatives entreprises par Tokyo, qui, en s’alliant par exemple avec des pays comme l’Australie et les Philippines, multiplie les efforts diplomatiques pour dissuader la Chine d’annexer Taïwan. Confronté à cela, “Pékin voit Tokyo comme une menace réelle [sur sa défense] et le redéfinit comme tel” avec le concept de “nouveau militarisme japonais”, décrypte Tomoki Kamo, spécialiste de la diplomatie chinoise interrogé par Mainichi Shimbun.
“Pour Xi Jinping, le dossier taïwanais a une importance cruciale, car il touche le principe du système politique à parti unique. En s’impliquant dans cette question, le Japon défie la vision de l’ordre international dans l’Asie de l’Est porté par Pékin. D’autant qu’il essaie d’y remplacer partiellement la présence militaire américaine”, écrit le quotidien.
Un conflit sans issue
Reste que la Chine demeure un partenaire indispensable à l’économie de l’archipel. Traditionnellement, Pékin et Tokyo tâchaient d’aborder les sujets commerciaux et les contentieux historiques ou diplomatiques de manière distincte. Une approche nommée “senryaku gokei kankei (“relations stratégiques mutuellement bénéfiques”)” et qui fait aujourd’hui face à une crise majeure étant donné l’escalade de tensions, pointe Mainichi Shimbun.
D’après le quotidien japonais Nihon Keizai Shimbun, le gouvernement japonais se serait déjà attelé à calmer le jeu. Lors du sommet sino-américain en mai, il aurait demandé à Donald Trump d’encourager la Chine à adopter une position moins dure. Pour l’heure, cette initiative n’a pas porté ses fruits. Il existe “peu de solutions pour trouver des tactiques de désescalade”, déplore le quotidien.
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