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Sumba, l’île aux esclaves indonésienne

L’esclavage, qui remonte ici au XVIᵉ siècle selon les historiens, a été officiellement aboli en Indonésie en 1860 alors sous domination néerlandaise. Mais il reste profondément ancré dans la culture de Sumba, essentiellement dans la partie orientale.

Sumba, l’île aux esclaves indonésienne
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A côté de Bali, dans l’île indonésienne de Sumba, des hommes et des femmes sont esclaves, de la naissance à la mort, de génération en génération. Ils travaillent pour leurs maîtres sans être payés, se transmettent en héritage, sont parfois brutalisés, et même pour les femmes violées. Leurs enfants subiront le même sort car « ce statut on ne peut pas l’effacer », comme le dit Kanisius Kanyali Hambarita. Le jeune homme de 34 ans est l’esclave de Umbu Ana Rara, de trois ans son cadet.

Dans cette île de 685 000 habitants, la société est divisée en trois castes : « les nobles, appelés marambas, souvent grands propriétaires terriens ; les gens ordinaires, appelés kabihus et les esclaves/serviteurs, les atas », détaille Martha Hebi autrice de plusieurs études sur le sujet. Et sauf à être libéré par son maître, un ata « ne peut pas perdre son statut même par le mariage ».

Alors, s’il a pourtant été aboli en 1860, en Indonésie alors sous domination néerlandaise, comment l’esclavage peut-il encore persister sur cette île au large de Bali en 2026 ?

Selon la Constitution de 1945, « Nul ne peut être maintenu en esclavage ou en servitude ». Le code pénal rend passible de poursuites criminelles « toute personne qui prive intentionnellement et illégalement une autre personne de sa liberté ». Mais dans le même temps, le code prévoit que l’Etat reconnaît certaines formes de droit coutumier.

« Il faut comprendre que l’Indonésie est une société extrêmement plurielle et que le développement social n’est pas le même selon les groupes ethniques », déclare à l’Agence France-Presse le ministre chargé des affaires juridiques, des droits de l’homme, de l’immigration et des services pénitentiaires, Yusril Ihza Mahendra. « Le gouvernement ne veut pas imposer de changements soudains mais plutôt accompagner le développement social de chaque communauté pas à pas », ajoute-t-il.

Pour le porte-parole d’Amnesty International Indonésie, Haeril Halim, le gouvernement « est conscient de la situation à Sumba », mais jusqu’à présent « n’a pris aucune mesure pour éliminer les pratiques esclavagistes ».

Finalement, ce système est tellement ancré, et la pression de l’élite locale tellement forte, que « pour changer l’état d’esprit des nobles il faudra un long processus », convient l’ancien chef de district de Waingapu (2008 à 2021), Gidion Mbilijora, qui possède lui-même « deux atas ».

Service vidéo du Monde (avec AFP)

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