Sur le paseo del Revellin, la longue artère piétonne du centre historique de Ceuta, les commerçants font grise mine. Depuis six semaines, les clients se font rares, surtout l’après-midi. « Après la pause déjeuner, les migrants commencent à traîner devant les vitrines et les gens ont peur. A la tombée de la nuit, tous les habitants rentrent rapidement chez eux », explique une opticienne, qui demande le respect de son anonymat. La tenancière d’une boutique de prêt-à-porter féminin affiche, elle, un visage morose : « La saison estivale a été un désastre pour le chiffre d’affaires. Les habitants n’osent plus sortir le soir et n’achètent plus de nouvelles tenues, comme c’est normalement le cas avant la rentrée. Quand je ferme le magasin, je file récupérer ma voiture au parking et rentre vite à la maison. »
Depuis qu’un peu plus de 70 000 immigrés illégaux en provenance du Maroc ont pénétré dans la petite langue de terre espagnole, sur la côte sud du détroit de Gibraltar, les 30 et 31 juillet, l’économie tourne au ralenti, même si de 80 % à 90 % des migrants sont repartis d’eux-mêmes. Voilà plus de quarante jours que le loueur de kayaks installé près des vieux remparts regarde la mer les bras croisés. Pas un touriste n’est venu lui demander un tour dans les douves, l’une des attractions de Ceuta. D’après la chambre de commerce locale, l’activité générale est en baisse de 55 %. Sur le seul mois d’août, les 3 900 entreprises de la ville autonome, tous secteurs confondus, auraient essuyé une perte sèche d’au moins 33 millions d’euros. Un million par jour. « Cela équivaut à 20 % du produit intérieur brut mensuel moyen », précise le président de la chambre, Karim Bulaix.
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