A Londres, la police est en alerte, samedi 16 mai, alors que des manifestations susceptibles de rassembler des dizaines de milliers de personnes sont attendues.
Quelque 4 000 policiers seront déployés lors d’une opération de maintien de l’ordre « sans précédent ces dernières années », pour encadrer un événement du militant anti-islam et anti-immigration Tommy Robinson, ainsi qu’une marche propalestinienne et la finale de la Coupe d’Angleterre entre Manchester City et Chelsea, qui réunira près de 90 000 spectateurs.
La police prévoit de déployer des véhicules blindés, des drones et des hélicoptères, ainsi que des caméras de reconnaissance faciale en direct – une première dans le cadre d’une manifestation.
Des « agitateurs étrangers » interdits d’entrée au Royaume-Uni
Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, va tenter de reproduire le succès de sa marche organisée en septembre, qui avait vu jusqu’à 150 000 personnes affluer à Londres pour défendre la « liberté d’expression ». « Ne portez pas de masques, abstenez-vous de boire de l’alcool en excès et soyez paisibles », a exhorté vendredi cet activiste, très populaire sur X malgré des condamnations et des séjours en prison.
Cette marche, baptisée Unite the Kingdom (« unir le royaume »), n’est pas affiliée au parti anti-immigration Reform UK. Mais elle intervient une semaine après le succès électoral de la formation de Nigel Farage lors de scrutins locaux, laquelle est en tête des sondages pour les élections législatives prévues en 2029.
Downing Street a annoncé que onze « agitateurs étrangers d’extrême droite » avaient été interdits d’entrée au Royaume-Uni. Figure parmi eux l’Américano-Colombienne Valentina Gomez, « connue pour tenir des propos incendiaires et déshumanisants à l’égard des musulmans ». L’eurodéputé nationaliste polonais Dominik Tarczynski et le député régional flamand du Vlaams Belang (parti d’extrême droite belge) Filip Dewinter ont aussi affirmé s’être fait refuser l’entrée.
« Contexte d’instabilité mondiale »
Même si la participation est « difficile » à estimer, la police s’attend à ce qu’elle dépasse les « 50 000 personnes », a déclaré la commandante Clair Haynes lors d’une réunion vendredi au centre de commandement et de contrôle de la police londonienne, en présence du premier ministre, Keir Starmer. Les organisateurs sont des « voyous et des racistes condamnés par la justice, qui colportent la haine et la division », a martelé le chef du gouvernement travailliste dans une vidéo sur X, ajoutant que toute personne qui recourra à la violence fera face à « toute la force de la loi ».
La marche coïncidant avec la finale de la Coupe d’Angleterre, les forces de l’ordre redoutent de voir des hooligans se joindre à ce rassemblement. Certains participants à Unite the Kingdom pouvant, selon la police, représenter « une menace pour la sécurité publique », des caméras de reconnaissance faciale en direct, qui permettent d’identifier des suspects recherchés, ont été installées aux abords de la manifestation. Lors de la première marche organisée par Tommy Robinson en septembre, des affrontements entre la police et les manifestants avaient éclaté.
Les mesures policières se justifient, selon le commissaire adjoint de la police, James Harman, plus largement par « un contexte d’instabilité mondiale », qui peut « attiser les tensions et se répercuter » dans les rues.
Le Royaume-Uni a rehaussé, début mai, son niveau de menace terroriste d’un cran, à « sévère », après une attaque au couteau contre deux hommes juifs, et une série d’incendies et tentatives d’incendies à caractère antisémite. L’inquiétude s’est également accrue « au sein des communautés musulmanes », selon James Harman.
Des restrictions ont été imposées pour encadrer le parcours et tenir à distance les sympathisants de Tommy Robinson et les participants à la manifestation propalestinienne. Cette dernière est organisée pour commémorer la Nakba (« catastrophe », en arabe), la fuite et l’expulsion d’environ 760 000 Palestiniens lors de la création de l’Etat d’Israël, et s’opposer à l’extrême droite. La police londonienne a promis d’arrêter toute personne qui scanderait « mondialisons l’intifada », en référence aux soulèvements palestiniens contre l’armée israélienne.