Aurait-on pu imaginer qu’un sorbet saupoudré de quelques fourmis séchées, servi dans un restaurant gastronomique de Séoul, finirait en affaire sanitaire ? Le 16 septembre, c’est bien ce dessert à base de sikhye, une boisson traditionnelle coréenne, qui a conduit devant la justice Evett, un restaurant du quartier huppé de Gangnam, qui compte deux étoiles au Guide Michelin. Inculpée le 29 avril pour “violation de la loi sud-coréenne sur l’hygiène alimentaire”, sa dirigeante, Ginny Kim, 41 ans, a été condamnée en première instance à payer une “amende de 15 millions de wons” (près de 9 500 euros), révèle l’agence de presse nationale Yonhap.

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En tout, “environ 50 000 fourmis” auraient été servies à “12 274 clients entre avril 2021 et janvier 2025”, écrit le quotidien Dong-a Ilbo. “La loi autorise dix espèces d’insectes à la consommation, dont le ver à soie blanc, la chrysalide de ver à soie et le criquet”, rapporte le quotidien Kyunghyang Shinmun. Problème : “Les fourmis n’en font pas partie.” La dirigeante d’Evett, qui a reconnu les faits, a toutefois contesté ce décompte, arguant que “une à cinq fourmis étaient servies par personne”, et uniquement en option. “Soixante pour cent des clients avaient donc choisi les fourmis”, et les autres pouvaient opter pour “du vinaigre fermenté ou du pollen comestible”, détaille le Dong-a Ilbo.

Limites du contrôle sanitaire

Largement relayée par la presse locale et les chaînes d’information en continu, l’affaire avait été révélée le 15 mai par la chaîne de télévision Channel A. À l’époque, les résultats transmis par les autorités sanitaires au parquet indiquaient une “quantité de métaux lourds détectée dans les fourmis, jusqu’à 55 fois celle mesurée dans des insectes comestibles de référence”. Les fourmis “ne provenaient pas du Jirisan ou d’autres régions de Corée, mais avaient été importées de Thaïlande et des États-Unis”, avait révélé l’enquête.

Le parquet, estimant que le restaurant aurait réalisé plus de 120 millions de wons de recettes (plus de 75 400 euros), avait requis en juillet un an de prison pour Ginny Kim et 20 millions de wons d’amende pour la société. Selon la défense, les fourmis n’étaient présentes que pour “ajouter une note acidulée” et “n’avaient pas eu d’influence déterminante sur le chiffre d’affaires ou le succès du restaurant”, relate l’agence de presse privée Newsis. Pour autant, la société exploitant le restaurant a tout de même été condamnée à payer 10 millions de wons (environ 6 300 euros).

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En août, cette affaire a amené Newsis, dans un autre article, à s’interroger : la réputation au Michelin pourrait-elle constituer un “angle mort” du contrôle sanitaire des restaurants ? Car Evett est loin d’être un cas isolé. Au cours des trois dernières années, “un total de 21 infractions à la loi sur l’hygiène alimentaire a été constaté dans 17 établissements sélectionnés par le Guide Michelin”, relève l’agence. Comme le restaurant Myeongdong Kyoja, qui a “été sanctionné trois années consécutives”, “en raison de la présence de corps étrangers”, notamment. Pour autant, “seul Evett a fait l’objet d’une enquête”, un constat qui “suscite les critiques” quant à la faiblesse de la réponse des autorités.