Entre deux candidats grimés en poubelle et en renard se trouvait peut-être le prochain Premier ministre du Royaume-Uni, vendredi 19 juin, sur la scène d’une salle polyvalente de banlieue. Vers trois heures du matin, Andy Burnham, entouré de ses treize concurrents, a été déclaré vainqueur de la législative partielle organisée à Makerfield, circonscription située en bordure du Grand Manchester. Après huit ans d’absence, l’ancien ministre de Gordon Brown signe un retour triomphal à Westminster.

“C’est notre dernière chance de changer les choses”, a lancé le travailliste depuis l’estrade. Une allusion à son objectif final, autrement plus grand qu’un simple strapontin au sein de la majorité parlementaire. “Le dépouillement d’une élection prend bien souvent la forme d’un point final, relève The Guardian. À Makerfield, la déclaration de Burhnam avait des airs de coup d’envoi.”

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Maire depuis 2017 du Grand Manchester, métropole du nord-ouest de l’Angleterre, ce chantre d’un “socialisme pro-business” a dominé avec 54,8 % des voix son principal rival, le candidat du parti Reform UK (droite populiste, 34,5 %), et le représentant de Restore Britain (extrême droite, 6,8 %). Dans la plus pure tradition britannique des candidatures loufoques, le “Comte Tête de Poubelle” (“Count Binface”) et l’“Homme-renard” ont, de leur côté, recuelli respectivement 0,2 % et 0,04 % des suffrages.

Écart inattendu

“La victoire n’était pas du tout courue d’avance”, glisse le tabloïd Daily Mirror. La région ouvrière, bastion de longue date du Labour, a choisi Reform UK aux dernières élections locales, sur fond d’impopularité record du Premier ministre, le travailliste Keir Starmer. Le parti dirigé par Nigel Farage visait d’ailleurs clairement, avec cette élection partielle, l’obtention d’un neuvième siège au Parlement, sur un terrain favorable. “Au final, Burnham l’a emporté de la tête et des épaules”, se réjouit le journal populaire de gauche. Au point de gagner avec une avance plus importante que celle glanée en 2024 par son prédécesseur, Josh Simons, démissionnaire des rangs de la majorité au mois de mai. “La victoire de Burnham est convaincante”, concède du bout des lèvres le quotidien conservateur The Daily Telegraph.

Mais pour lui, le plus dur commence, observe l’ensemble de la presse britannique. Surnommé le “roi du Nord”, en raison de sa popularité incontestée à Manchester, le député de 56 ans descend à Londres avec une ambition à peine voilée : renverser dès que possible le Premier ministre. “La magnitude de sa victoire fait espérer à ses soutiens qu’il pourra emménager à Downing Street dans les prochains jours”, croit savoir The Guardian.

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Léger problème : Keir Starmer n’entend pas quitter Downing Street de son propre chef, persuadé d’être capable de redresser la barre avant les prochaines législatives, prévues en 2029. Pour parvenir à ses fins, Burnham devra donc probablement passer par une élection interne en bonne et due forme. D’après l’hebdomadaire de gauche The New Statesman, le maire du Grand Manchester disposerait déjà du soutien de 81 députés travaillistes, seuil nécessaire au déclenchement du processus de désignation d’un nouveau dirigeant. “Si une course à la direction est déclenchée, oui, je participerai”, a prévenu le Premier ministre actuel, dans la matinée du 19 juin.

Programme flou

“Keir Starmer a l’avantage de contrôler tous les leviers du pouvoir au sein du parti, souligne The Daily Telegraph. Andy Burnham, de son côté, doit encore mettre au point son programme de gouvernement.” Partisan d’un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne, le nouveau député de la très pro-Brexit circonscription de Makerfield a mis de l’eau dans son vin sur le sujet. “On ne l’a pas beaucoup entendu non plus sur les grands sujets de politique étrangère, tance le journal conservateur, peu emballé à l’idée d’assister à l’avènement d’un chef de l’exécutif considéré comme plus à gauche que Keir Starmer. Il se réclame d’un ‘Manchesterisme’ dont on peine à distinguer les contours. La municipalisation des transports en commun [en 2023], vanté comme son plus grand succès, ne constitue pas vraiment en une stratégie nationale.”

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Comme le relève une source gouvernementale, citée par The Spectator, “être un maire travailliste à Manchester, c’est faire de la politique en mode facile”. Descendu de l’estrade, dans la nuit, Andy Burnham “n’a pas débouché le champagne”, observe The Guardian. “Il a quitté les lieux en catimini, probablement pour emmagasiner de précieuses heures de sommeil avant de se lancer en quête des clés du 10 Donwing Street.”