Alors que la campagne présidentielle brésilienne n’a pas encore officiellement commencé, un scandale vient déjà secouer le camp du sénateur Flávio Bolsonaro, fils aîné de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), qui en a fait son successeur politique.
Dans une enquête publiée mercredi 13 mai, The Intercept Brasil révèle de “profonds liens financiers” et une “relation étroite” entre le clan Bolsonaro et Daniel Vorcaro, sulfureux homme d’affaires aux nombreuses relations politiques. Ce dernier est placé en détention provisoire depuis deux mois par la police fédérale, qui le soupçonne d’avoir orchestré, via sa banque Banco Master, l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire du pays.
Selon le média d’investigation, qui a eu accès à des échanges entre Flávio Bolsonaro et Daniel Vorcaro et relève une “proximité personnelle” entre les deux hommes, le sénateur aurait négocié avec le banquier, à partir de décembre 2024, un financement de 134 millions de reais (21 millions d’euros à l’époque) pour la production d’un film biographique consacré à Jair Bolsonaro. Baptisé Dark Horse (“cheval noir”, une expression anglaise pour “outsider”), sa sortie est prévue en septembre.
Après le paiement de près de la moitié de la somme au cours du premier semestre 2025 – versés sur un fonds géré par l’avocat de son frère cadet, l’ex-député Eduardo Bolsonaro, installé aux États-Unis –, plusieurs messages montrent Flávio Bolsonaro pressant l’homme d’affaires de débloquer les montants restants, alors même que l’ouverture d’une enquête policière sur Banco Master avait déjà été rendue publique.
“Rupture de confiance”
“Prise au dépourvu” par ces révélations, l’équipe de campagne de Flávio Bolsonaro a immédiatement organisé des réunions d’urgence, “s’efforçant de formuler une réponse pour limiter les dégâts”, rapporte le site Agência Pública.
Alors qu’il assurait jusqu’ici n’avoir jamais eu de contacts avec Daniel Vorcaro, cherchant à associer le scandale de Banco Master au Parti des travailleurs (PT, gauche) du président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, le sénateur a finalement reconnu, dans un communiqué publié mercredi après-midi, avoir sollicité des financements pour le film, tout en niant “avoir offert des avantages en échange”. De son côté, la société de production affirme n’avoir reçu aucun fond de la part du banquier.
Auprès du quotidien Folha de São Paulo, des alliés de Flávio Bolsonaro évoquent un “sentiment de rupture de confiance”, jugée “irréversible”, ainsi que la “crainte” de voir d’autres conversations rendues publiques. Si son entourage proche continue de lui afficher son soutien et écarte toute idée de retrait, des parlementaires bolsonaristes plus éloignés du noyau dur estiment que de nouvelles révélations pourraient pousser sa formation, le Parti libéral (PL), à lui chercher un remplaçant.
Le scandale commence aussi à fissurer l’ensemble du camp conservateur, dont plusieurs figures remettent désormais en cause la “viabilité” de sa candidature, pointe BBC News Brasil.
Des ambitions présidentielles fragilisées
Le film sur Jair Bolsonaro, qui “devait servir d’étendard à la campagne” de son fils aîné, s’est finalement “transformé en cheval de Troie” et fragilise les ambitions du sénateur, observe Agência Pública.
“Le premier ‘stress test’ de la campagne de Flávio Bolsonaro s’est mal terminé”, estime pour sa part, dans un éditorial, O Estado de São Paulo, pour qui cette affaire a “révélé au grand jour sa faible stature morale”, le rendant “absolument indigne d’être président de la République”.
Pour le quotidien conservateur, “cet épisode rend d’autant plus urgent que la droite démocratique s’attelle à construire une alternative conservatrice sérieuse”, attachée à “des normes minimales de décence” afin d’affronter Lula, que le journal accuse de “ruiner le pays”.
Selon une éditorialiste du quotidien O Globo, “les prochains jours seront cruciaux” pour savoir si la précandidature de Flávio Bolsonaro “tiendra la route”, ou si elle apparaîtra finalement comme “un bibelot de verre” façonné par un père “uniquement soucieux de conserver le pouvoir au sein de son cercle familial” – et désormais “brisé”.
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