Dans les lieux publics, pour faire leurs besoins, les femmes doivent régulièrement faire la queue. Les hommes, eux, ont accès aux toilettes beaucoup plus facilement.

Désireux de lutter contre cette inégalité, le gouvernement japonais a évoqué “l’amélioration du nombre de toilettes pour femmes” dans la liste des réformes fondamentales fixées en juin 2025. D’ici à la fin du mois, le ministère des Transports du Japon va émettre une directive allant dans ce sens, rapporte le journal Nihon Keizai Shimbun. Le texte concerne les gérants d’établissements comme les gares et les aéroports, qui sont désormais tenus de mettre en place davantage de cabines dans les toilettes pour femmes pour atteindre l’égalité de genre en la matière, précise-t-il.

À lire aussi : Classement. Égalité femmes-hommes : la politique japonaise toujours à la traîne

Si le gouvernement japonais se penche sérieusement sur le sujet, c’est parce que les toilettes sont aussi un champ social structuré par des rapports de pouvoir. Selon une étude réalisée par la juriste spécialisée en droit administratif Manami Momose, qui a inspecté 706 endroits (gares, aéroports, centres commerciaux, etc.) à travers le pays, le nombre de toilettes pour hommes – les cabines et les urinoirs – est 1,7 fois plus important que le nombre de toilettes pour femmes, indique le quotidien Asahi Shimbun.

Évolution de la société ignorée

À noter qu’ici, ce sont les urinoirs qui changent la donne : prenant moins d’espace que les cabines, ils permettent aux hommes de faire leurs besoins plus rapidement. Mais la différence mathématique révélée par Manami Momose a aussi des causes sociales, souligne Nihon Keizai Shimbun. Lors de la construction de ces bâtiments, les architectes ont supposé que les utilisateurs masculins seraient plus nombreux. “Et il est possible que les récentes rénovations ou reconstructions de ces bâtiments n’aient pas tenu en compte l’évolution de la société”, et notamment de l’augmentation du nombre de femmes qui travaillent, indique le quotidien.

À lire aussi : Politique. Sanae Takaichi, première femme à la tête du Japon, divise les féministes

Certains pays et organisations se sont déjà penchés sur le sujet. Les normes Sphère, normes visant à améliorer la qualité du travail humanitaire et fixées par des organisations non gouvernementales comme le Mouvement international de la Croix-Rouge, stipule que les toilettes pour femmes devraient être trois fois plus nombreuses que celles pour hommes. Il va de même pour la loi taïwanaise, qui fixe le ratio à trois pour une dans les bureaux et cinq pour une dans les écoles et les gares. “C’est un exemple typique du fait que l’égalité numérique en matière de superficie ne permet pas d’évaluer l’égalité ‘qualitative’”, explique à l’Asahi Shimbun Kimio Ito, professeur émérite de l’université de Kyoto et auteur de nombreux ouvrages sur la masculinité. “Beaucoup de choses ont été conçues pour l’homme ordinaire […] Il est nécessaire de rénover ces établissements en prenant en compte également les besoins des minorités de genre et des personnes handicapées”.