Le marché du travail américain a de nouveau surpris en avril avec 115 000 emplois supplémentaires, surfant sur l’addition de 185 000 emplois en mars, rapporte Forbes. Mais, note le magazine, l’emploi total a atteint 162,6 millions, reculant pour le quatrième mois consécutif, sa plus longue période de baisse depuis 2009. De plus, “le pourcentage d’Américains qui travaillent ou cherchent un emploi a de nouveau chuté à 61,8 %, son niveau le plus bas depuis 2021”.

Marché du travail atypique

Que se passe-t-il ? The Wall Street Journal n’hésite pas à qualifier la situation d’étrange : “Le marché du travail est sans précédent : le chômage a légèrement augmenté [à 4,3 %], les licenciements sont peu nombreux, les embauches sont lentes et l’économie a besoin de beaucoup moins de nouveaux emplois qu’auparavant.” Les économistes peinent à expliquer le comportement du marché, dit The Washington Post : “Pour des millions de travailleurs, trouver un emploi est devenu plus difficile qu’à presque aucun autre moment depuis des décennies.”

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Embûche de taille : les emplois de début de carrière disparaissent. Une étudiante de 18 ans spécialisée en commerce et comptabilité, Paula Sales Corpuz, se désole de n’avoir jamais rencontré d’employeur en personne en un an et demi de recherche d’emploi, ayant été sélectionnée uniquement par le biais d’entretiens vidéo automatisés.

Diplômée en journalisme, Samantha Gilstrap, 28 ans, raconte de son côté avoir postulé des centaines d’emplois après avoir perdu son travail de reporter numérique dans une station de télévision de Washington. En vain. “Les seules fois où j’ai pu interagir avec des humains, c’était par le biais de relations personnelles”, dit-elle. Face à la rareté des postes et à l’augmentation du nombre de candidats, observe le journal, les entreprises privilégient les profils immédiatement opérationnels et nécessitant peu de formation.

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Le facteur IA

L’incertitude concernant l’intelligence artificielle explique notamment le ralentissement des embauches, poursuit le titre : “Au lieu de se précipiter pour embaucher de nouveaux employés, certaines entreprises attendent de voir comment la technologie évolue et quelles tâches elle finira par prendre en charge.”

Ce qui engendre des frustrations. The New York Times souligne qu’une dirigeante du secteur du développement immobilier, Gloria Caulfield, a été copieusement huée lorsqu’elle a déclaré devant des diplômés de l’université de Floride centrale, le 8 mai, que “l’intelligence artificielle est la prochaine révolution industrielle”.

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Une enquête de Gallup relayée par Axios montre que l’an dernier seuls 43 % des Américains entre 15 et 34 ans disaient que c’était le bon moment pour trouver un emploi, soit 21 points de pourcentage de moins que leurs concitoyens âgés de 55 ans et plus. Un rédacteur de Gallup, Benedict Vigers, indique que la plus forte baisse d’optimisme vient de jeunes Américains qui ont fait des études supérieures et ne travaillent pas encore à temps plein, et qu’“il est probable que l’intelligence artificielle soit associée à ce déclin”.